jeudi 28 avril 2016

Quand la nuit devient jour de Sophie Jomain



Éditeur : Pygmalion
Parution : 27 avril 2016
Pages : 238
Prix : 16€


Synopsis :

"On m'a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m'enfonce une épine dans le pied, décrire l'échauffement d'une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j'ai trop mangé, de l'élancement lancinant d'une carie, mais je suis incapable d'expliquer ce qui me ronge de l'intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n'est en mesure de m'aider. Dieu, la science, la médecine, même l'amour des miens a échoué. Ils m'ont perdue. Sans doute depuis le début.
J'i vingt-neuf ans, je m'appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril  2016.
Par euthanasie volontaire assistée.

Mon avis : 

J'ai pratiquement tous les romans de l'auteure dans ma PAL sans en avoir lu un seul (allez savoir pourquoi...). Mais celui-ci, je le voulais, et je voulais le lire rapidement. Pour quelles raisons, je ne sais pas vraiment mais c'est comme ça.
J'ai été rassurer de le trouver dans mon magasin culturel hier. Je suis rentrée et j'avais prévu de finir d'abord ma lecture en cours avant d'entamer celle-ci, mais je n'ai pas su résister. Je me suis plongée dedans à corps perdu et n'ai pas su le refermer avant l'épilogue.

Dans ce roman, nous allons suivre Camille Duclercq. Une jeune femme souffrante au passé compliqué, tourmenté et que personne ne s'explique. Depuis son plus jeune âge, Camille souffre d'une maladie invisible, incompréhensible pour la plupart des gens et enchaîne les descentes aux Enfers. Personne n'est en mesure de la guérir et la souffrance qu'elle ressent au quotidien augmente avec le temps...jusqu'à devenir mortel.

Nous allons suivre Camille qui nous raconte son passé, puis ensuite toute la période entre l'acceptation de son dossier et le jour de l'euthanasie.

Camille est entouré de ses parents qui l'aiment plus que tout au monde et sur qui elle peut compter. Malheureusement, dès son enfance, Camille ne se sent pas heureuse et à l'impression de ne pas appartenir à ce monde. Cela commence par le fait qu'elle n'aime pas son reflet dans le miroir, par les moqueries de ses camarades et par son premier petit ami... Elle est mal dans son corps et n'arrive pas à faire face ou surmonter ce mal. Elle est triste, se referme sur elle-même au point de s'isoler entièrement du monde qui l'entoure, se plie aux désirs de ses parents pour leur faire plaisir et tombe dans une spirale infernale.
Son personnage m'a tout simplement bouleversé. Je ne peux pas m'identifier à Camille, car heureusement pour moi, je suis loin de subir les mêmes maux qu'elle, mais je me suis attachée à elle dès le premier chapitre. Plus ces chapitres passaient et plus j'étais dans un état pas possible. Je ne connaissais ni ce mal auquel elle tente de faire face, ni à ce que la Belgique est en mesure de faire pour accompagner ce genre de patients. Ce livre me fait prendre conscience qu'il y a des maux bien plus sournois et dévastateurs que de grandes et graves maladies reconnues.

Le Dr Marc Peeters est cette brise de légèreté qui vous permet de vous soulagez pendant votre lecture. Il est jeune (la trentaine), plutôt beau gosse, au physique assez sympa et un médecin pas comme les autres. Imaginez un médecin traditionnel, puis son exact opposé et vous obtenez Marc. Il est charmant, drôle, a du répondant et ne juge en aucun cas ses patients, mais fait du mieux qu'il peut pour les aider et/ou les soulager.
Son personnage m'a énormément plu. Je me suis directement attachée à lui et il m'a permis de garder la tête hors de l'eau pendant cette lecture.

Et puis, il y a Brigitte. Si Camille a besoin de quelque chose, c'est à elle qu'elle doit s'adresser. Brigitte est une femme posée, souriante,gentille, compréhensible, amicale, une écoute attentive, mais qui ne force pas les gens à parler. Elle est comme une amie, une sœur ou même une nourrice pour Camille et lui permettra d'apprécier un peu mieux son séjour.
C'est le genre de femme qu'on aimerait tous avoir dans sa vie, qu'on a peut-être. Une confidente.

Au bout de quelques pages, j'ai su que jamais je ne pourrais oublier cette lecture. J'ai pris une énorme claque en le lisant et il va continuer à m'obséder encore un bon moment.

La plume de Sophie Jomain est une totale découverte pour moi.
Elle est fluide, vous prend aux tripes, agréable, légère (même si le sujet ne l'ai absolument pas) et je lui en suis reconnaissante pour ça. Si l'écriture avait été lourde, je ne sais pas si j'aurais été capable de le finir.
L'auteure m'a transporté dans un univers inconnu, complexe, bouleversant, maîtrisé et dont on ne ressors pas indemne. Je ne suis pas sure d'avoir choisi le bon roman de Sophie Jomain pour la découvrir, mais une chose est sure, je vais me faire un grand plaisir en sortant rapidement ses autres livres de ma PAL. Je veux absolument la découvrir dans un registre plus léger et plus imaginaire.
Pendant cette lecture, j'ai souri grâce à certains dialogues, j'ai été révolter devant le comportement des gens, j'ai pleuré (à ça oui, j'ai du verser plusieurs litres de larmes), mes mains tremblaient comme jamais, j'avais une boule dans la gorge tout au long de ma lecture... Je serais incapable de vous décrire précisément, l'effet sur moi de cette lecture, mais je ne peux que vous la conseillez et ainsi vous comprendrez.
La force de ce livre est le travail fourni par l'auteure pour nous procurer un roman aussi complet que celui-ci dans si peu de pages. Elle ne se contente à aucun moment de nous décrire le tout en surface. Elle nous offre une plongée en Enfer avec Camille, en même temps qu'elle et je ne sais pas comment elle a pu avoir la force d'écrire un tel roman quand nous, nous avons bien du mal à tenir le coup en le lisant simplement. Elle raconte l'histoire de Camille du commencement à la fin. Son récit est crédible et sonne tellement juste qu'il nous fait froid dans le dos. Elle nous permet de comprendre le mal être de certaines personnes et à faire preuve d'ouvertures d'esprit (dans le monde actuel, nous en avons bien besoin). J'ai pris une leçon de vie et je la remercie pour cela.

Pour ce soir, j'ai choisi une lecture bien plus légère, car mon cœur ou mes nerfs ne supporteraient pas tant d'émotion juste derrière.

En résumé, une histoire terriblement bouleversante avec un univers complexe et complet, mais pourtant simple à comprendre. Une plume fluide et légère qui légère qui nous permet d'encaisser les coups et des personnages tellement...tout. Il s'agit tout simplement de mon plus gros coup de cœur de 2016 pour le moment et je doute qu'il se fasse détrôner.






Extraits :

"J'ai tellement détesté cette période. Les hormones, les règles, la puberté - tardive chez moi -, je ne me supportais plus. La vision que j'avais de mon corps s'était tellement dégradée, que je m'étais enfermée dans un mutisme presque maladif, obligeant mes parents à me faire subir des séances de psy, une batterie d'examens et divers teste qui, peut-être, auraient révélé un autisme ignorée de tous jusque-là. Mais je n'avais rien. Pas le moindre trouble neurologique. Le problème, c'était moi, mon enveloppe charnelle et tout le mal que j'en pensais. Tous les encouragements du monde n'auraient pas suffi à me faire changer d'avis. Alors, j'ai continué à grandir avec ce malaise, cette dépréciation, cette obsession."

"Deux psychiatres travaillent au centre avec lui, nous les avons croisés lorsque nous sommes retournés dans son bureau. Ils sont à peine plus âgés. Il a suffi d'une conversation de quelques secondes entre eux pour me permettent de comprendre que leur approche de la psychanalyse est différente de la sienne. Plus formelle. Plus stricte. D'une certaine façon, même si Peeters a le chic pour me désarçonner et s'il me met dans une position d'échange que je préférerais éviter, je suis rassurée d'être suivie par quelqu'un qui place les sentiments humains à la base de toute relation. Il ne me juge pas, et ça me facilite la tâche."

"Brigitte ne le sait pas, elle s'est installée dans le canapé où je préfère passer mes nuits. Elle écoute la télé en sourdine pour ne pas me déranger, et probablement que dans quelques minutes, elle viendra ouvrir la porte pour voir si je me suis assoupie. Puis elle rentrera chez elle.
Sa présence est réconfortante, comme celle d'une amie, d'un parent, d'une nourrice presque, même si elle n'est rien de tout cela."



6 commentaires:

  1. Je suis en train de le lire et te rejoint dans ton avis alors que je n'en suis qu'à 48%.

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    1. Bonsoir Didine, bon courage pour la suite. N'hésites pas à me donner ton avis lorsque tu l'auras fini. Bonne soirée!

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  2. Très très belle chronique. J'adore Sophie Jomain, notamment grâce à sa saga Les étoiles de Noss Head qui est un régal à chaque fois. Tu m'as super bien vendu le livre, je le lirais un jour, peut-être à une période où je serais un peu plus "heureuse", parce que j'ai l'impression qu'il a l'air d'être très triste et j'ai pas vraiment besoin de ça en ce moment... mais merci pour cette belle chronique!

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    1. Merci Virginie pour ton commentaire. Tu as bien raison, si tu n'es pas au mieux évite de le lire maintenant. Je suis contente de voir que j'arrive à convaincre grâce à mes petits mots <3 Maintenant, il me tarde de lire Noss Head. Bonne soirée!!!

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  3. Quel magnifique avis ma belle, tu m'as beaucoup touchée ! J'ai vraiment hâte de pouvoir le lire celui-là :-D

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    1. Si tu en as l'occasion, surtout n'hésites pas! Merci choupette. Bonne soirée!

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