mardi 25 octobre 2016

Ecoute mon cœur de Janine Teisson




Éditeur : Syros - Collection Tempo +
Parution : 2005
Pages : 168
Prix : 6.30€ (papier)

Synopsis :

Depuis qu'une autoroute a été construite à proximité, la maison du vieux Paulou est invendable. Paulou a l'idée de la faire visiter à une famille de sourds, qui tombe aussitôt sous le charme de la jolie demeure camarguaise. Peu à peu, le vieil homme s'attache à ceux qu'au village on désigne comme "ces gens-là"...

Un siècle plus tôt, Jean Peyre, un jeune sourd, écrit à ses parents pour leur raconter sa vie dans l'institut où il a été placé. Élève brillant, il voit pourtant son avenir menacé. L'Etat encourage "les oralistes" à éliminer la langue des signes, qui est pour les sourds l'unique moyen de communiquer et de s'instruire...

Mon avis :

Cet été, je suis tombée par hasard sur ce roman chez un bouquiniste. Le titre et le résumé m'avait convaincu. Depuis, je dois avouer que j'avais oublier de quoi il retourner et c'est donc s'en savoir à quoi m'attendre que je me suis plongée dans cette lecture.

Dans ce court roman, nous allons suivre deux vies en même temps même si elles sont séparées par plus d'un siècle.
Nous avons tout d'abord le vieux Paulou. Après avoir perdu sa femme, celui-ci décide de vendre leur maison. Seulement personne n'en veut car il y a trop de bruit aux alentours. Entre une autoroute et des taureaux, les gens ne se voient pas vivre ici. Il décide donc de la proposer à une famille de sourds : les Fournets, qui ne sera pas dérangée par l'environnement. Ce qu'il ignorait c'est qu'il allait tisser des liens avec cette famille et notamment avec leur jeune fils.
D'un autre côté nous suivons Jean Peyre. On le rencontre enfant et suit sa vie à travers les lettres qu'ils échangent avec les siens. Cet enfant est également sourd et a été envoyé par ses parents loin d'eux dans un institut qui lui permettra de s'instruire. Si au début tout commence assez bien pour lui, qu'en sera t-il une fois que la guerre s'installera?

Paulou est un vieil homme qui a perdu sa femme et ne se fait pas à l'idée de rester vivre dans la demeure qu'il a partagé avec elle pendant plusieurs décennies. Il préfère la vendre. Il a un vieil ami de toujours qui se nomme Maurice. Ils ont fait les pires bêtises étant gosses et ne se sont jamais éloignés même si leur caractère est assez opposé. Paulou est un homme gentil, simple et qui a su saisir sa chance. Il est bienveillant, à l'écoute, borné, protecteur et aide du mieux qu'il peut au vu de son âge. 
Maurice quand à lui a toujours vécu seul, il a toujours eu peur du qu'en-dira-t-on et n'a jamais saisi sa chance d'être heureux. Il est gentil, têtu et reste très présent pour son ami d'enfance.
J'ai été touché par cette belle amitié que le temps n'a pas affecté mais bel et bien renforcer. J'espère qu'à leur âge, j'aurais aussi une belle amitié comme la leur.
Antoine, le fils du couple Fournet est un garçon attachant, attendrissant, intelligent, curieux, gentil et courageux comme son père.

La relation entre les personnages est belle, touchante, prenante et on a qu'une envie les serrer dans nos bras.

La plume de l'auteure est simple mais tellement efficace, fluide, légère alors que le sujet ne l'est pas et j'ai vraiment apprécié cela. L'auteure ne fait pas tout pour nous arracher les larmes. Elle nous raconte ces deux histoires avec beaucoup de pudeur, d'élégance et de justesse. L'idée de nous raconter ses deux histoires imbriquées est très bien amenée et un détail les relit entre elles. Pour moi, c'est un roman qui devrait finir dans toutes les mains qu'on soit jeunes ou moins jeunes. C'est un livre qui nous fait réfléchir, nous poser (je l'espère) les bonnes questions et nous ouvrir les yeux sur le comportement humain et sur le fait que ce n'est pas parce qu'une personne est différente qu'elle est stupide ou qu'elle ne mérite pas de vivre. Ce livre délivre un message d'espoir, de tolérance, d'entraide et d'acceptation. J'ai pris une jolie claque avec cet ouvrage que je recommande vivement.
L'auteure axe son récit sur le fait qu'on peut apprendre de chaque personne que l'on côtoie, peu importe la situation économique, l'handicap, le caractère, les idéaux, les forces et faiblesses, l'âge de chacun...  J'ai tour à tour ressenti de la joie, de la tristesse, de la colère, de l'angoisse, j'ai souri, j'ai pleuré, j'ai levé les yeux au ciel, j'ai eu envie de secouer quelques personnes, etc... Je ne ressors pas indemne de cette lecture et j'aimerais tellement qu'un jour, les gens arrêtent de se faire la guerre et apprennent à vivre ensemble. C'est un court roman que je n'oublierais jamais et que je garderais précieusement.

En résumé, deux histoires emmêlées l'une à l'autre qui délivre un message de tolérance, d'acceptation et d'espoir. Les personnages sont attachants et touchants. La plume de l'auteure est aussi fluide et légère que le texte peut être parfois dur et la stupidité à son maximum. L'auteure ne nous plonge pas dans le mélo mais bel et bien dans un récit qui je l'espère trouvera un écho en chacun de nous. Je recommande vivement ce court roman qui en plus coûte moins cher qu'un livre de poche.





Extraits :

"Qui est le handicapé ici? C'est moi! ai-je pensé. Je me suis senti anormal. C'était bizarre.
J'ai questionné l’interprète, elle m'a appris qu'il y a cinq cent mille sourds en France. Rares sont les sourds profonds qui parviennent à parler. Mais alors, pourquoi ne m'a-t-on pas appris leur langage? Je suis sur qu'enfant, j'aurais dansé des mains, de la bouche, des yeux et de tout le corps avec fougue, moi à qui l'on a tant dit "Tais-toi!" Je suis sûr que tous les enfants adoreraient s'initier à ce langage aérien, secret, farceur, aussitôt effacé, eux qui ne vivent qu'au présent."

"L'autre jour, elle parlait avec le grand Poucat et ils disaient que ces"gens-là" il faudrait leur interdire de faire des enfants. Le coquin sort m'a pris, je sentais que je devenais rouge, il fallait vite que je trouve mes petites pilules pour le cœur. Je les ai avalées, hop! Le grand Poucat était parti et je n'ai rien dit, finalement.
Je suis lâche. Je ne suis pas fier. Pourtant, à mon âge, qu'est-ce que je crains? Si je dis ce que je pense et qu'on me tape dessus, ce ne sera pas une grande perte. Bon, c'est décidé, à partir de maintenant, je dis ce que je pense, tout ce que je pense! J'en ai marre que ce soit toujours les minables qui parlent plus fort que les autres!"

"Je n'ai même pas reçu un mot de Noël ni une carte pour la nouvelle année venant de vous. Nous ne sommes pas allés à la messe de minuit à Noël. Il faisait moins 15 degrés. Nous avons eu, comme repas de fête, une patate nageant dans de l'eau chaude parfumée aux herbes et ce que l'on appelle du pain. Quelque chose de noir, de pâteux, plein de saletés. Nous n'avons presque plus de bougies. La veillée de Noël ressemblait à une veillée mortuaire. La vie est triste. La neige tombe sans arrêt. On dirait que la ville agonise. Beaucoup de mes camarades sont malades. Il n'y a plus de chauffage à l'Institut. Les petits morceaux de bois que nous obtenons avec des tickets servent à la cuisine. Plus de viande aux repas."

2 commentaires:

  1. Très, très bel avis ma belle, tu as su parfaitement m'intriguer, il me fait extrêmement envie !

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    1. Coucou Choupette, merci beaucoup. Il est court mais génial^^

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