mercredi 14 décembre 2016

Les regards des autres de Ahmed Kalouaz


Éditeur : Rouergue
Parution : 3 février 2016
Pages : 95
Prix : 9€20

Synopsis :

"Quand on a peur, on ne croit plis en rien, ni aux belles choses, ni à ceux qui vous disent qu'ils vous aiment."

Au collège, Laure est la cible d'une bande de filles qui lui font vivre un enfer. Alors, elle rase les murs, encaisse en silence, sèche les cours, craint le pire même quand il ne se passe rien.
Un jour, pourtant, il lui faudra dénoncer ses bourreaux pour se sauver.
Les regards des autres est un roman fort et émouvant sur le harcèlement. Au travers du portrait de Laure, on comprend ce que vivent ses victimes, pourquoi elles se taisent, et comment réagir.

Ce livre parle de harcèlement scolaire. A ce titre, un numéro vert est donné dans le roman. Ce numéro est celui de Stop Harcèlement qui est gratuit et accessible au 0808 807 010.

Je rajoute deux liens qui pourront peut-être utile et concernant ce sujet :

Mon avis :

Je n'avais encore jamais lu de romans évoquant ce thème particulier. Non pas que je n'en avais pas envie, mais simplement que j'en ai pas vu spécialement en librairie. Lorsque je l'ai vu dans les nouveautés de ma médiathèque, je me suis ruée dessus surtout qu'il est très court.

Dans cette histoire, nous allons suivre Laure, une jeune fille qui est actuellement au collège en 3ème. Plus le temps passe et plus un groupe de filles de son collège s'amuse à la critiquer, la menacer et lui font vivre un enfer. Au fur et à mesure des semaines qui passent, Laure se sent de plus en plus mal, elle a peur, elle s'en rend malade, elle sèche les cours, se rend souvent à l'infirmerie et va même jusqu'à partir loin et toute seule en transports en communs. On va suivre son quotidien, celui de ses quelques amis mais aussi le point de vue d'une personne de l'autre camp.

Laure est une jeune fille agréable, gentille, discrète et oh combien attachante. Elle fait du mieux qu'elle peut pour garder la tête sur les épaules, pour combattre ce mal-être qui grandi en elle, pour survivre jour après jour à ce qu'elle subit. Elle a deux amis sur qui elle peut vraiment compter. Elle n'ose pas avertir les adultes de cette situation de peur d'empirer les choses. J'ai été vraiment toucher par son personnage et par ce qu'elle vit. On ce rend compte que le harcèlement peut avoir lieu de bien des manières, parfois physique et parfois moral. La méthode morale est bien pire car elle est sournoise, malicieuse et détruit certainement plus facilement et profondément que les coups. Pour avoir vécu certains coups bas étant enfant (bien moins importants que ce que Laura vit), je n'ai pu que m'attacher à elle, la comprendre et avoir envie de la prendre dans mes bras pour la rassurer. Son seul mode d'évasion est d'aller rendre visite à sa tante loin d'où elle réside, pour respirer le bon air pur de la montagne et faire des balades à cheval.

On suit également Eric, l'ami de Laure. Lui aussi est harcelé seulement il ne montre rien. Il semble insensible à la méchanceté et l'idiotie gratuite dont font preuve ses camarades. Ils les laissent parler dans son dos ou devant lui sans répliquer. Il est un fidèle ami et un soutien pour la jeune fille. Lui aussi a besoin de s'évader et rend visite à son grand-père aussi souvent que possible. Ce n'est pas simple non plus pour lui et j'ai aimé suivre plusieurs personnages, voir comment ils pouvaient supporter de manière différente ce harcèlement. C'est un jeune garçon intelligent, gentil, soucieux des gens qu'il aime, doux et touchant.

La plume de l'auteur m'a séduite dès le début. Son idée de parler de harcèlement du point de vue des victimes, mais également d'aborder un élément de réponse du côté des bourreaux apporte un plus au récit. L'histoire est fluide, dynamique et on veut à tout prix savoir comment ils passeront une journée de plus dans ce contexte. L'auteur nous décrit la réalité sans pour autant nous proposer un récit larmoyant. Il dit les choses simplement et avec justesse. Il n'a pas non plus choisi de partir dans des harcèlements extrêmes, mais tout simplement de nous montrer celui qu'on peut croiser le plus souvent dans les cours d'écoles. Celui qui détruit un enfant ou adolescent à une période de la vie où l'on est censé se construire, avancer, mûrir, apprendre et découvrir certaines choses de la vie. 
Pour une première lecture abordant ce thème, je la trouve juste parfaite. Maintenant j'ai vraiment envie de découvrir d'autres ouvrages et d'autres auteurs qui aborde ce sujet. J'ai tout aimé dans ce livre, les personnages, la plume, la façon de nous raconter cette histoire, mais également les débuts de solution apporter par l'auteur et le fait qu'il parle de la ligne téléphonique spécifique ainsi que le fait qu'il donne le numéro. C'est le genre de romans que l'on devrait mettre dans toutes les mains que ce soit dans celles des enfants, des adolescents ou des adultes. On nous explique aussi que chacun à sa part de responsabilités dans l'histoire et que de se taire ou regarder ailleurs fait de nous un "complice" indirect.

En résumé, une très belle découverte que ce soit pour le thème, l'histoire ou la plume de l'auteur. Un thème sensible, difficile et complexe auquel il faut réussir à mettre fin avant que ce ne soit les victimes qui mettent fin à leurs jours comme c'est bien trop souvent le cas. Un livre que je ne peux que recommander vivement à tout le monde à partir de la 6ème.





Extraits :

"La peur n'est pas qu'un mot lancé en l'air, elle prend au ventre et ne veut plus lâcher. Et dire que d'autres ont peur d'une mauvaise moyenne, d'une heure de colle, et craignent les matins de contrôle. J'allais toujours tête haute, ne me souciant jamais de cela, avant pourtant de terminer parfois mes journées à l'infirmerie. Mes blessures, personne ne les voyait. J'invoquais des maux de tête ou de ventre. On me donnait un comprimé ou une gélule que je recrachais discrètement dans ma main dès que l'infirmière avait le dos tourné. Elle rédigeait un mot pour mes parents, où il était question de foie à surveiller, de faire une analyse de mon taux de magnésium. Inutile d'aller chez le médecin, il n'y a pas d'ogre sous mon lit non plus, mais des tremblements qui me prennent la nuit venue, jusqu'à l'insomnie. Les pilules n'y peuvent rien."

"Dernièrement , j'ai appris par hasard que Léo, un copain de classe de l'an dernier, se trouve dans un de ces groupes de harceleurs. Quand je lui ai demandé ce qui l'animait, il m'a répondu qu'il était persuadé de ne rien faire de mal.
- J'aime bien cette impression  d'être du côté des forts. De régner sur les autres, c'est tout.
- Et tu n'as jamais de remords?
- Non. hier on a coincé l'Africain, le con, il a voulu se défendre.
- Quel Africain?
- Celui qui s'appelle Kenia, un truc comme ça...
- Tu parles de Kenz? C'est un Syrien, pas un Africain.
- Peut-être. C'est pareil, bon, il est pas d'ici. Et d'abord, pourquoi j'aurais des remords? Mes parents sont sur mon dos et me gonflent à longueur de temps. Moi, ça me fait du bien de brimer les autres.
Il dit aussi que persécuter les plus vénérables décuple sa confiance en lui, et qu'il n'a pas l'impression, le soir, de souffrir seul dans son lit comme avant. Lorsqu'il veut bien parler avec moi, il le fait calmement, sans avoir l'impression de mal agir."

"Bouc émissaire est un mot que je ne connaissais de loin, sans vraiment savoir ce qu'il voulait dire dans la réalité pour celui qui le subissait. Mais je ne me sens responsable de rien, simplement d'une amitié profonde avec un garçon que d'autres trouvent différent. A mes yeux, il ne l'est pas. Ce sont les petits tyrans qui voudraient qu'on leur ressemble, et qui viennent  en cours seulement parce que c'est obligatoire et pour tuer le temps. Eric aime la montagne, la musique aussi, mais dans la cour de récréation est un grand bocal où les gros poissons veulent dévorer les plus petits, les plus faibles à leurs yeux. Comme si certains élèves étaient des prédateurs qui regardent leurs proies du haut de la chaîne alimentaire. Des requins qui chassent toujours en groupe, parce que l'animosité les unit. Mais les vrais poissons n'ont pas de haine et ne briment personne pour jouer. Dans la nasse que tendent les filles de la bande d'Alice tombent des gens qui n'ont rien demandé, des collégiens apeurés et prêts à céder à tout pour avoir la paix un moment, une journée."

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