samedi 8 avril 2017

Ronces Blanches et Roses Rouges de Laetitia Arnould



Éditeur : Magic Mirror Editions - Collection Forgotten
Parution : 27 février 2017
Pages : 244
Prix : 18€ (papier) - 4€99 (numérique)

Synopsis:

Orphelines d'un passé dont elles n'ont aucun souvenir, Sirona et sa jeune sœur Eloane sont aussi différentes qu'inséparables.

Quand leur tutrice, Iphigénie Whitecombe, fiance l'aînée à un inconnu, leur avenir sombre dans l'incertitude... Pour échapper au mariage qui l'effraie et à la colère dévastatrice de Mme Whitecombe, Sirona prend la fuite.
Au cœur d'une forêt obscure et de sa propre tourmente, elle se fait toutefois une promesse : celle de revenir chercher sa sœur.
Quitte à affronter l'ours qui rôde dans son sillage.
Quitte à suivre les ronces blanches et roses rouges.
Quitte à croire en la magie.

Mais c'est sans compter sur l'énigmatique pianiste qui compose une toile de mélodies enivrantes, dans son château où la nuit est synonyme de toujours.

Mon avis :

Qui dit réécriture de contes, dit : je veux le découvrir!
Cela faisait un petit moment que je suivais cette nouvelle maison d'édition sur les réseaux sociaux et attendais impatiemment la sortie de leur premier ouvrage. Vu la différence de prix entre les deux supports, j'ai opté pour la version numérique (sans compter que du coup, pas besoin d'attendre la livraison).

Avant toute chose, je me dois de vous signaler que je ne connaissais absolument pas ce conte. Le nom de la collection est d'ailleurs très bien choisi puisque visiblement je ne suis pas la seule dans ce cas.

Dans cette réécriture nous rencontrons deux sœurs : Sirona et Eloane. Les deux jeunes filles ont à peine trois années d'écart et pourtant cela se ressent fortement. Elles sont également orphelines sans pour autant savoir ce qu'il s'est passé. En effet, elles n'ont aucun souvenir d'avant leur emménagement chez Mme Whitecombe, la femme qui les a recueillies. Elles vivent toutes les trois dans une petite chaumière au beau milieu de la forêt.

Sirona est l'aînée de la famille. C'est une jeune fille assez silencieuse, mystérieuse et oh combien pessimiste. Elle est taciturne et très terre à terre, elle ne croit que ce qu'elle voit et qui est palpable. Elle est l'exact opposé d'Eloane. Elle est également protectrice envers sa cadette, attentionnée et réfléchie (enfin la plupart du temps). Lorsqu'elle apprend qu'on la fiance à un inconnu et qu'elle devra quitter sa sœur pour vivre avec son  époux, la jeune femme le prendra vraiment mal et s'interrogera sur son avenir peu prometteur (de son point de vue). Elle prend donc une décision lourde de conséquences en s'enfuyant de la demeure. Elle se promet de revenir chercher Eloane le plus tôt possible.
Je dois dire que j'ai eu beaucoup de mal à m'identifier ou à même à m'attacher à elle. Elle m'a laissé un sentiment d'inaccessibilité, de froideur et m'a parfois agacée. Ça a commencé à aller mieux lorsqu'elle se retrouve au pays de la nuit éternelle. On la découvre enfin plus en profondeur. Elle se montre colérique, triste, apeurée, perdue et plus qu'incertaine sur son avenir. Par moment, j'ai su l'apprécier et à d'autres ses réactions m'ont saoulées. 

Eloane est une jeune adolescente vivante, débordante d'énergie, volontaire, optimiste et qui s'émerveille de pas grand chose. Elle croît en la magie et n'hésite pas à tenter de convaincre son aînée. J'ai eu beaucoup plus de facilité à m'attacher à elle dès le début du roman, pourtant c'est l'héroïne qu'on suit le moins. Elle est plus lumineuse et joviale que Sirona et met un peu de gaieté dans cet univers sombre et pesant. Elle ne comprend pas toujours les réactions de sa sœur et je ne peux pas l'en blâmer puisque pour moi aussi, elle est longtemps rester une énigme. Au bout d'un moment cela mettra à mal leur relation et on ne peut qu'être touchée par cela.
Eloane est jeune et ses réactions s'en ressentent parfois.

J'ai aimé le contraste saisissant vis-à-vis des personnalités de chacune.

Iphigénie Whitecombe est une femme glaciale et dure. Elle est bizarre et dès le début on sent que ce qu'elle nous camoufle de présage rien de bon. Elle a pris soin des deux sœurs, mais dans quel but?Est-ce de la gentillesse? De la pitié? Ou compte t-elle tirer profit de la situation?
 Elle est intransigeante, déteste les questions et la remise en question de soi-même ou des consignes. Elle m'a clairement fait froid dans le dos pendant tout le récit. On se questionne, on cherche des indices sur ce qu'elle complote sans pour autant trouver la juste réponse.
Je l'ai détesté dès le début et plus on avançait plus ce sentiment prenait de l'ampleur.

Malgré le fait qu'elle ait écrit plusieurs livres, je ne connaissais pas encore la plume de Laetitia Arnould. Celle-ci se révèle être poétique, mystérieuse tout en étant fluide, un vrai plaisir que de la lire. L'auteure réussi à construire un univers sombre, oppressant, mystérieux et limite machiavélique tout au long du récit, sans faiblir, bien au contraire. L'univers est bien construit, détaillé et fait la force du livre. Néanmoins, certains passages m'ont quelque peu ennuyés et j'aurais apprécier qu'on s'attarde moins dessus pour peut-être développé un peu plus d'autres aspects. Point positif, l'ouvrage est juste sublime et le fait qu'on puisse retrouver en bonus le texte original duquel s'inspire cette réécriture est un réel atout. Petit point négatif, je trouve le prix de l'ouvrage papier assez cher. Je sais qu'il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte lorsqu'on édite un roman et qu'on en fixe un prix, mais je pense également que cela va restreindre le nombre de potentiels lecteurs. Tout le monde ne lit pas en numérique et pour ces personnes là, je ne suis pas certaine que grand nombre d'entres eux acceptent de payer ce prix, malgré la beauté de l'ouvrage. Ce qui est assez dommage, car même si je ne suis pas entièrement convaincue pas Sirona, c'est une histoire que j'ai pris plaisir à découvrir et qui mérite d'être lue.
J'attend la prochaine réécriture qui concernera La petite sirène avec une grande impatience et je pense acheter tous leurs ouvrages, mais au format numérique.

En résumé, une lecture quelque peu mitigée car, d'un côté j'ai adoré l'univers créer par Laetitia Arnould et d'un autre, j'ai eu beaucoup de mal avec notre héroïne principale ce qui m'a empêcher de savourer pleinement ma lecture. Une revisite d'un conte tombé dans l'oubli qui saura en émerveiller plus d'un tout en dégageant une aura malfaisante. Malgré quelques lenteurs, l'ensemble du roman possède une dynamique assez bonne et la façon qu'à l'auteure de nous narrer l'histoire nous pousse à faire défiler les pages les unes derrière les autres. La plume est belle et fluide et les révélations ont su me surprendre. Un livre que je conseillerais facilement à tous les amoureux de conte ou réécriture de conte.



Extraits :

"Les yeux sont le miroir de l'âme. On le disait jadis, on le dit aujourd'hui, et on le dira encore demain. Ces quelques mots peuvent sembler n'être rien de plus qu'une banalité, un vieux dicton auquel on ne prête que peu d'attention. Pourtant, ils sont un sens certain, et trop nombreux sont ceux qui l'oublient."

"Sirona souffla s'exaspération. Sa sœur était aussi naïve qu'elle-même était méfiante. Elle souleva sa jupe et ses jupons, secoua ses pieds pour chasser la neige qui s'était froidement invité sur la fourrure et les lacets de ses bottes et finit par brosser énergiquement sa cape. Si elle restait persuadée d'avoir tout juste échappé à la mort grâce à une chance inouïe, quelques chose- d'autre- la mettait terriblement mal à l'aise. Elle essayer d'échapper à cette terrible sensation, en vain."

"Le regard de l'aîné se voila et une succession d'images et de sons se pressèrent soudainement dans sa tête. Les rires de sa sœur, ses yeux émerveillés, ses gestes parfois gauches et dues à sa maladresse, celle que Mme Whitecombe maudissait mais qu'elle, trouvait si attachante...
Sirona avait tant de fois veillé à ce qu'il n'arrive rien de fâcheux à sa petite sœur. Elle l'avait tant de fois prise dans ses bras pour la consoler de ses tracas."

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