mardi 30 mai 2017

The Winner's Trilogy, tome 1 : The Curse de Marie Rutkoski


Éditeur : Lumen
Parution : 16 février 2017
Pages : 456
Prix : 15€



Synopsis :

GAGNER PEUT-ETRE LA PIRE DES MALÉDICTIONS...

Fille du plus célèbre général d'un empire conquérant, Kestrel n'a que deux choix devant elle : s'enrôler dans l'armée ou se marier. Mais à dix-sept ans à peine, elle n'est pas prête à se fermer ainsi tous les horizons. Un jour, au marché, elle cède à une impulsion et acquiert pour une petite fortune un esclave rebelle à qui elle espère éviter la mort. Bientôt, toute la ville ne parle plus que de son coup de folie. Kestrel vient de succomber à la "malédiction du vainqueur" : celui qui remporte une enchère achète forcément pour un prix trop élevé l'objet de sa convoitise.

Elle ignore encore qu'elle est loin, bien loin, d'avoir fini de payer son geste. Joueuse hors pair, stratège confirmée, elle a la réputation de toujours savoir quand on lui ment. Elle croit donc deviner une partie du passé tourmenté de l'esclave, Arin, et comprend qu'il n'est pas qui il paraît... Mais ce qu'elle soupçonne n'est qu'une infime partie de la vérité, une vérité qui pourrait bien lui coûter la vie, à elle et à tout son entourage.

Gagner sera-t-il pour elle la pire des malédictions? Jeux de pouvoir, coups de bluff et pièges insidieux : dans un monde nouveau, né de l'imagination d'une auteure unanimement saluée pour son talent, deux jeunes gens que tout oppose se livrent à une partie de poker menteur qui pourrait bien décider de la destinée de tout un peuple.

Mon avis :

Ce livre m'avait déjà taper dans l’œil à sa sortie VO, mais ne lisant toujours pas en anglais, j'ai patienté dans l'espoir qu'il soit un jour traduit. Vous n'imaginez pas mon enthousiasme quand j'ai découvert que les éditions Lumen allait rendre une lecture de cette trilogie possible pour les lecteurs VF. J'étais impatiente de le lire et de découvrir enfin cette histoire. J'ai lu ce livre en lecture commune avec Stéphanie de La chaîne Pikiti Bouquine, vous pouvez d'ailleurs retrouvé son avis ici.

Dans ce premier tome, on rencontre Kestrel, notre héroïne principale. Elle est la fille du célèbre général et n'aime pas se plier aux règles et exigences de son peuple, de son père ou même de son grade. Elle est une Valorienne et souhaite vivre comme elle l'entend. Lors d'une sortie en ville avec sa meilleure amie Jess, Kestrel va se rendre sans s'en rendre compte à une vente aux esclaves herranis. Sans réaliser sur le coup ce qu'elle vient de faire, elle fait la plus grosse enchère et devient l'heureuse propriétaire d'un esclave payé une petite fortune. Seulement elle n'avait pas la moindre idée de ce qui l'attendait en agissant de la sorte...
Mais ce n'est pas tout, comme le veut la tradition valorienne, Kestrel n'a plus que quelques mois pour prendre sa décision : rejoindre son père dans l'armée ou se marier. Aucun de ces choix ne satisfait la jeune fille qui ne sait pas encore ce qu'elle fera au moment fatidique.

Kestrel est une adolescente de dix-sept ans à la langue souvent bien trop pendue. Elle est intelligente, observatrice, stratège, douée pour la musique qui normalement est une discipline faite pour les esclaves et non les nobles, bornée, volontaire, mais également au tempérament de feu et qui ne se laissera dicter sa conduite par personne.
Contrairement à la majorité de son peuple, elle ne se sent pas supérieure aux Herranis et à même la fâcheuse tendance à leur demander leurs avis. Elle a perdu sa mère très jeune et entretient une relation apaisante et respectueuse avec Enai, l'ancienne esclave herrani qui a pris soin d'elle tout au long de sa jeune existence. Grâce à Kestrel, c'est une femme libre.
Sa relation avec Arin, l'esclave acheté aux enchères, ira bien au-delà de ce à quoi on s'attend. Elle s'attirera les foudres des siens, mais prendra également conscience que tout n'est pas aussi parfait qu'il n'y paraît et que l'histoire a été quelque peu remodeler pour donner cette impression. Cette rencontre bouleversa plus d'une vie et sur bien des aspects. 
Kestrel est une jeune forte, déterminée et attendrissante, même si parfois il lui arrive d'être agaçante. C'est un personnage que j'ai aimé suivre. Elle a de la volonté et nous prouve qu'elle sait être stratège.

Arin est un Herranis. Il y a de ça de nombreuses années, son peuple à été réduit en esclavage par celui de Kestrel. On leur a pris leurs vies, leurs familles, leurs demeures, leurs possessions et leur liberté. Aujourd'hui ils servent les valoriens et endurent de nombreuses maltraitances. Arin est un jeune homme en colère et déterminé à faire bouger les choses. On devine très vite qu'il a un plan, mais lequel? Il peut-être hargneux, désobligeant, têtu, redoutable, mais aussi courageux, intelligent, réfléchi, délicat et patient selon son interlocuteur. Il a deux facettes dans sa personnalité qui font de lui un personnage énigmatique et complexe. Ce personnage nous réserve bien des surprises, bonnes ou mauvaises à vous de voir.
J'ai aimé qu'on lui donne le droit de parole malgré son rang. Il n'a pas froid aux yeux et dis toujours clairement ce qu'il pense. J'ai trouvé très intéressant d'avoir également son point de vue de l'histoire. C'est un personnage qui donne du relief à cette intrigue et nous pousse à enchaîner les pages pour savoir ce qu'il mijote.

Ronan est le frère de Jess, la meilleure amie de Kestrel. Ils se connaissent depuis toujours. Ronan est amoureux d'elle depuis de nombreuses années et espère secrètement qu'un jour elle le comprendra et acceptera de l'épouser. C'est un jeune homme charmeur, attentionné, gentil, prévenant, et c'est un bon parti. Une chose est sure la femme qui acceptera de l'épouser sera considérée comme une reine et il prendra bien soin d'elle, en espérant pour lui que ce soir Kestrel. C'est un personnage que j'ai trouvé certes gentil, mais beaucoup trop parfait et lisse. Pour moi, il manque de profondeur et me paraît relativement fade dans toute cette histoire.

La plume de Marie Rutkoski est accessible, fluide et entraînante. J'ai beaucoup aimé l'intrigue, la romance et les personnages. Néanmoins, je regrette que l'auteure ne développe pas plus son univers à travers ce premier tome. J'espère que ce sera le cas dans le second, car j'ai pas mal de questions concernant ce monde. On arrive au milieu de ce contexte dans trop savoir comment on en est arrivé là et c'est dommage. J'ai l'impression que cet aspect à été délaissé au profit de l'intrigue et de la romance. En dehors de cet aspect négatif, ma lecture fut plaisante et addictive. Les idées sont originales et plutôt bien amenées, les personnages travaillés et complexes (exception faite pour Ronan me concernant) et l'univers intéressant bien qu'on en sache pas grand chose. Je suis contente d'avoir enfin découvert cette série et il me tarde que le second tome sorte pour avoir un début de réponses à toutes les questions que je me pose. Surtout que l'auteure nous fait subir un revirement de situation assez inattendu pour ma part, dans les toutes dernières pages. Ce changement remet tout en question et je me demande bien ce qu'elle nous réserve pour la suite. Je dois avouer que je ne suis pas particulièrement rassurée quand à l'avenir de nos personnages. Déjà qu'elle n'a pas été spécialement gentille avec eux dans ce premier tome...

En résumé, un premier tome intéressant avec des personnages qu'on découvre petit à petit et qui se révèlent intrigants et attachants. Des idées originales assez bien développées qui permettent de se plonger facilement au cœur du récit. Une plume plaisante et une construction du récit qui nous rendent addict. Seul petit bémol pour l'univers qui n'est pas assez exploité et développé à mon goût.



Extraits :

"Quand elle traversa les immenses esplanades du Quartier militaire, où elle avait pourtant passé son enfance à courir entre les baraquements, des images incompréhensibles lui vinrent à l'esprit : elle imagina les troupes se révolter contre elle - des hommes et des femmes qui seraient pourtant morts jusqu'au dernier pour la protéger s'il l'avait fallu. Des soldats qui pouvaient même s'attendre à la voir rejoindre leurs rangs dans un avenir proche si, comme le souhaitait son père, Kestrel ne tardait plus à s'enrôler dans l'armée."

"Les deux premiers jours avaient été un paradis. On ne lui avait pas laissé le droit de paresser depuis une éternité. L'eau du bain était si chaude, la mousse du savon si riche, son parfum si enchanteur qu'il était resté immobile, les yeux perdus dans le vague, au milieu de la vapeur du bassin. Il n'avait pas vu pareil luxe depuis des années. L'odeur de ses souvenirs l'avait pris à la gorge."

"Il avait l'apparence d'un esclave qui depuis la naissance ou presque effectuait des travaux de force, et pourtant il savait comment jouer - avec brio qui plus est - à un jeu valorien. Il parlait la langue de l'envahisseur comme quelqu'un qui l'a longuement étudiée. Il connaissait ou prétendait connaître, les habitudes d'une aristocrate herrani, l'ordre et la fonction des pièces de ses appartements. Il se montrait très à l'aise avec l'étalon de Kestrel...
Même si ce détail ne faisait sans doute pas grand sens, puisque Arin n'avait pas jusque-là démontré de réels talents de cavalier, la jeune femme savait que seuls les nobles de haut rang montaient régulièrement à cheval du temps de la splendeur de pays."


lundi 29 mai 2017

I am Princess X de Cherie Priest


Éditeur : Bayard Jeunesse
Parution : 26 avril 2017
Pages : 293
Prix : 14€90

Synopsis :

May et Libby étaient les meilleures amies du monde. Mais Libby a disparu dans un accident de voiture, et May ne s'en ai jamais remise. Trois ans plus tard, May découvre avec stupeur des autocollants à l'effigie de Princess X placardés dans toute la ville!
C'est un personnage qu'elle avait créé avec Libby! Qui a bien pu s'en emparer? Un compte Instagram lui est même dédié et on peut y lire ses aventures. En les parcourant attentivement, May découvre des indices troublants qu'elle seule peut comprendre...

QUI SE CACHE DERRIÈRE PRINCESS X?

Je remercie Booknode et les éditions Bayard pour cet envoi.

Mon avis :

Quand j'ai reçu le mail proposant ce service presse, j'ai lu le résumé et je me suis empressée de tenter ma chance et j'ai bien fait.

Dans ce livre on fait la rencontre de deux jeunes filles, May et Libby. Alors qu'elles n'ont pourtant rien en commun, elles se lient très vite d'amitié, créent le personnage de Princess X à laquelle elles feront vivre tout un tas d'aventures et deviennent inséparables. En tout cas jusqu'au jour, où Libby et sa mère trouvent la mort dans un accident de voiture. Ce jour-là tout s'écroule pour May. Elle perd sa meilleure amie, sa confidente, mais aussi Princess X puisque le père de Libby n'a gardé que le strict minimum et, a déménagé à l'autre bout du pays en engageant quelqu'un pour vider la maison. Malgré de nombreuses recherches effectuées avec l'aide de ses parents, May ne retrouvera jamais les cartons contenant Princess X.
Trois ans plus tard, ses parents ont divorcés et May est parti vivre avec sa mère loin de la ville qui l'a vu grandir. Elle y revient dès qu'elle rend visite à son père. Cette visite risque bien de bouleverser de façon irrémédiable la vie de notre héroïne. Alors que son père est au travail et qu'elle se balade dans les rues, elle découvre un autocollant à l'effigie de Princess X. Pas une pale copie non, mais l'exacte réplique du personnage créé pendant leur enfance. En fouinant sur le net, elle découvre que cet autocollant n'est que la face immergée de l'iceberg et que bien des surprises l'attendent au détour du chemin.
Quel est la personne qui vend les mérites de leur création? Qui se cache derrière ce compte Instagram? Pourquoi n'en a t-elle jamais entendu parler avant? Comment savent-ils tellement de choses que seules May et Libby étaient censées savoir? Quelle est cette histoire de Princess X que May ne connaît pas? Une chose est sure cette histoire là n'est pas de leur création. Elle est glauque, inquiétante et semble si réelle.
May n'a aucune idée de ce dans quoi elle vient de mettre les pieds...

May est une héroïne perspicace, intelligente, gentille, franche, têtue et débrouillarde. Ce fut un plaisir de la suivre dans cette aventure. Elle est dévastée par la mort de sa meilleure amie et rêve très souvent d'elle la nuit. Dans ses songes, elle voit Libby se sortir vivante de la voiture. Malheureusement tout ceci n'est qu'un mauvais rêve puisque les corps ont été retrouvés. Quand trois ans plus tard, Princess X refait surface, May est à la fois dévastée par les souvenirs qui l'assaillent et en même temps déterminée pour savoir ce que tout cela cache. Seulement elle était loin d'imaginer la suite des événements. Entre énigmes à résoudre, objets à trouver et course poursuite, ces journées vont être rythmées. C'est un personnage attachant qui garde espoir coûte que coûte et se donne les moyens d'arriver à ses fins. Elle pourra compter sur le soutien de Patrick et d'un allié inattendu pour démêler cette sombre histoire.

Patrick dit Trick est un jeune homme légèrement plus âgé que notre héroïne. Il est doué en informatique. C'est également un voisin de May. C'est un jeune homme brillant qui voit ses chances d'aller à l'université s'envoler à cause d'une erreur de jugement. Il tente donc de dissimuler cette information à ses parents et de gagner de l'argent en proposant ses services pour entre autre réparer les ordinateurs. Lorsqu'il rencontre la jeune fille, il est intrigué par toute cette histoire e se décide de l'aider dans sa quête de vérité. Ses connaissances du net et de l'informatique sera un réel atout dans cette énigme. Il est gentil, drôle, judicieux, de bonne compagnie, courageux et audacieux, J'ai adoré son personnage qui contraste assez bien avec notre héroïne, à eux deux ils forment une belle équipe, intéressante à suivre.

Nous avons également le père de May. La relation qu'il a avec sa fille depuis son divorce n'est pas la meilleure qui soit. Ils sont tous les deux assez froids et distants l'un envers l'autre et ce, même si ils s'aiment. A croire qu'ils ne savent plus comment s'y prendre. Il travaille souvent et par conséquent, May est libre de faire à peu près tout ce qu'elle veut. Lui aussi est touché par la mort de Libby et sa mère même si il ne le montre pas. Pendant longtemps, il a continué de chercher une trace de Princess X et est donc très surpris de la voir réapparaître du jour au lendemain. Il aidera sa fille du mieux qu'il puisse pour résoudre ce mystère. Leur relation m'a touché et je suis ravie que pour une fois, les adultes ne soient pas laissés pour compte. Pour moi, c'est le père qui apporte un peu de douceur, des réflexions intéressantes et on se rend bien compte à quel point sa fille lui manque, à quel point il sera toujours là pour l'aider et pour l'aimer. C'est un homme intelligent, toujours là pour écouter sa fille, la soutenir et sans jamais se moquer. Sur ces aspects, il me rappelle beaucoup mon père.

J'ai adoré cette histoire du début à la fin. La plume de l'auteure est fluide, prenante, angoissante et agréable à lire. Je me suis laissée embarquée sans le moindre mal dans toute cette histoire et j'essayais de résoudre également les énigmes. L'intrigue est amenée et menée de façon intelligente, crédible et addictive. Le stress va crescendo jusqu'à atteindre son paroxysme dans les dernières pages du roman. Les personnages sont travaillés et tous intéressants à suivre. Pour le coup, il n'y en a pas un qui est en reste ou qui m'a déplu. L'alternance entre partie romancée et planche de BD nous permet de suivre l'avancée de May dans son enquête et de se prendre nous même pour des inspecteurs en herbe, ce que j'ai trouvé vraiment fun. On a également des dessins qui ponctuent le récit et nous donne des précisions sur les personnages entre autres. Dans ce roman, j'ai trouvé tout ce que j'aime dans un thriller : de l'action, des révélations, des mystères, un duo de choc, une intrigue qui tient la route et du stress. J'ai dévoré le roman sans m'en rendre compte et me suis donc couchée très tard ce soir là.
Quand on le commence il est bien difficile de le reposer car on a envie de savoir ce qui se trame, ce qui va arriver à nos héros et si oui ou non, l'hypothèse de May tient la route et se révèle véridique ou non. On croise les doigts et espère fortement qu'elle réussira dans sa quête et que la vérité ne la dévastera pas une nouvelle fois. Un livre que je conseille à tous les ados ou adultes qui aiment les thrillers jeunesse et se faire balader par l'auteur. Je vous avoue que j'ai douté d'un personnage du début à la fin, et j'avais tort. J'apprécie de ne pas tout deviner à l'avance et de plonger de façon intense dans un roman.

En résumé, un excellent thriller jeunesse dont le titre et la couverture laisse penser qu'il sera majoritairement pour un public féminin alors qu'en fait pas du tout. Il peut vraiment convenir à tout le monde et ce dès 13/14 ans. Des personnages attachants et intéressants dont aucun ne reste sur le carreau. Les personnages adultes ont également une place dans cette histoire et ça fait du bien. Une intrigue intéressante, crédible et oh combien addictive qui ne vous relâchera qu'une fois la dernière page tournée!


Extraits :

"May écrivait beaucoup, Libby dessinait beaucoup et, arrivées en troisième, elles avaient créé une bibliothèque complète des aventures de Princess X. Ses aventures consignées sur d'épais cahiers ou de gros carnets à spirale, s'entassaient dans des boîtes à chaussures, des caisses, des sacs en plastique. La collection était stockée chez Libby. Son père était ingénieur chez Microsoft. Ils vivaient dans une maison, dans le "quartier des millionnaires" , si bien qu'elle avait une chambre immense, avec un vaste dressing où elle entreposait tout ça."

"Son esprit bouillonnait. Elle n'avait qu'une seule envie : écrire une aventure de Princess X.
Elle avait mis du temps à réussir à écrire seule, sans personne pour illustrer ce qu'elle décrivait. C'était beaucoup plus difficile de raconter une histoire sans une amie pour l'entendre, avec juste des mots - car May ne savait même pas tenir un crayon à dessin. Mais finalement elle était parvenue à écrire. Elle n'avait jamais manqué d'idées. Elle avait simplement dû apprendre à les coucher sur le papier."

"Tout le monde était ravi. Pas le moins du monde surpris. Patrick l'avait bien mérité. Il avait toujours eu d'excellentes notes, des résultats d'examens proches de la perfection et c'était un as en code. Il faisait l'admiration de ses professeurs d'informatique et avait même remporté un prestigieux concours national pour ses prouesses en développement numérique. Comme le président du club d'informatique l'avait déclaré fièrement, Patrick était capable de créer un site du tonnerre avec rien d'autre qu'une police gratuite et une caisse de Red Bull."

Toute une éternité de Valérie Mas




Éditeur : L'ivre-Book - Collection La Romance
Parution : 29 avril 2017
Pages : 306
Prix : 4€99 (version numérique)

Synopsis :

Si nos vies étaient déjà écrites... Si quelqu'un tout là-haut avait déjà tout prévu : la vie, la mort, l'amour... Croyez-vous au destin? Alors qu'elle se rend à un rendez-vous qui déterminera le cours de sa vie, Eléa, jeune artiste-peintre est victime d'une erreur du destin. Un terrible accident se produit...

Une mort imprévue par le Créateur est le Monde est bouleversé. Après quelques temps passées dans les cieux, on confie à Eléa une mission sur terre... Une mission dont elle ne doit rien savoir et où la seule directive est d'écouter son cœur.

Merci aux éditions L'ivre-Book et à Lilian pour cet envoi.

Mon avis :

Dans cette histoire, on va suivre celle d'Eléa, une jeune femme à qui le destin semblait prometteur. C'est une artiste-peintre qui rêve d'avoir sa propre exposition depuis des années. Ce jour fatidique arrive enfin et alors qu'elle se précipite pour être à l'heure à son école, elle se fait renverser par une voiture... et meurt.
Elle va se retrouver dans un endroit d'un blanc immaculé, en compagnie du Créateur et de ses deux acolytes. Au bout d'un moment le Créateur décide de la renvoyer sur terre dans le cadre d'une mission très particulière. En effet, non seulement elle conservera tous ses souvenirs (chose inédite), mais en plus elle ne devra faire que ce dont elle a envie en se laissant guider par son cœur. Pendant ce temps, tout le monde croise les doigts pour qu'elle réussisse sa mission car la survie de la terre est dorénavant entre les mains d'une jeune femme.

Quand on rencontre Eléa c'est une jeune femme joyeuse, souriante et sur le point de concrétiser son rêve : avoir sa propre exposition. Elle est impatiente et nerveuse d'être au soir même pour vivre enfin ce moment. Malheureusement pour elle, elle n'y assistera jamais puisque quelques minutes après elle décède. S'ouvre alors une toute  nouvelle "vie" pour la jeune femme. Elle se lie très vite d'amitié avec Emie, l'assistante du créateur.
 Lors de sa mission sur terre, on la découvre tour à tour, joyeuse et triste, courageuse ou effrayée, déterminée ou en proie au doute, mais aussi aimante, désorientée et attachante. L'expérience qu'elle vit est hors norme et elle ne sait pas où tout cela la mènera. Elle tente donc de profiter de chaque instant, car tôt ou tard elle sera appeler à remonter. Ce qu'elle ignore c'est que ses actes ont des conséquences, mais le comprendra t-elle avant qu'il ne soit trop tard?
J'ai aimé la suivre et découvrir le but de cette mission, même si je m'en suis rapidement doutée. Elle vit des moments très difficile et je n'ai pu qu'être touché par son personnage. J'aurais aimé lui dire de garder espoir et que tout ceci finirait par s'arranger.

Evans est un jeune homme artiste-peintre lui aussi. Il aurait dû rencontrer Eléa pour leurs expositions respectives qui se déroulaient le même soir et quasiment en face l'une de l'autre. Les choses ne se sont pas déroulés comme prévues et il a finalement rencontré Chloé, une talentueuse photographe et celle qui partage dorénavant sa vie. 
Evans est un jeune homme dont la vie n'est pas simple. Il n'arrive plus à peindre ces derniers temps et sa relation avec Chloé se dégrade de jour en jour. Comme si cela ne suffisait pas, voila qu'il fait des rêves étranges sur une inconnue sans visage. A chaque fois qu'il pense réussir à la retenir et découvrir qui elle est, elle lui file une fois de plus entre les doigts. Il est perdu et en même temps obsédé par cette jeune femme qui hante sans cesse ses songes. C'est un homme intelligent, gentil et attentionné. Quelque chose le ronge sans qu'il ne sache quoi. Puis du jour au lendemain, des phénomènes étranges apparaissent. Au lieu de l'effrayer ça l'intrigue et il se sent relativement bien. Mais que lui arrive t-il? Devient-il tout simplement fou? 
Son personnage est à la fois simple et complexe. Il est torturé par quelque chose qui ne s'explique pas et j'ai trouvé intéressant d'avoir parfois son point de vue.

Pour finir, je vais vous parler de Emie, l'assistante du Créateur et la meilleure amie d'Eléa. Elle apprécie énormément cette dernière et est contente de ne plus être seule. Lorsque qu'Eléa redescend sur terre, elle la suit au travers des écrans d'ordinateur pour voir comment elle se débrouille et ainsi veiller sur elle à distance. Elle se rend vite compte que cette mission recèle quelque chose dont elle ignore tout. Surtout que d'habitude c'est elle qui gère les dossiers et que là, le Créateur lui refuse l'accès au dossier de son amie. Emie est gentille, serviable, travailleuse et franche, mais aussi impatiente et curieuse. Elle n'aime pas secrets ou les non-dits et fera tout pour découvrir la vérité.
C'est une petite boule d'énergie qui met du punch dans cette histoire.

Dans ce roman, il y a un certain nombre de protagonistes. Néanmoins, Valérie Mas trouve le moyen de tous nous les présenter avec leurs bons et mauvais jours sans qu'on soit perdu. Sa plume est agréable, fluide et entraînante. J'ai été surprise de la rapidité avec laquelle notre héroïne meurt. Je ne pensais pas qu'en un chapitre ce serait régler et qu'on passerait donc à l'après. En continuant ma lecture, j'ai compris ce choix puisqu'il y a pas mal d'éléments à nous donner, nous expliquer et qu'il fallait du temps pour développer l'intrigue sans la bâcler. Dans ce livre, il est certes question de l'avenir d'Eléa mais pas que, puisque sa mort imprévue à un impact considérable sur celle des autres.
J' ai découvert cette histoire et son auteure avec plaisir. J'aime les histoires qui nous parlent d'anges et c'est vrai que ce n'est pas non plus le sujet prédominant en littérature de l'imaginaire. 
J'ai aimé suivre les personnages, le déroulement de l'intrigue et la fin, même si comme dit plus haut, je m'étais doutée de dénouement final. Plus on avance et plus le climat devient sombre et électrique. Il y a quand même deux petits bémols. Le premier concerne le personnage de Chloé qui suite à une situation particulière, change du tout au tout sans réellement de transition l'expliquant. Son changement est brutal, trop rapide et j'ai du mal à concevoir que ce soit possible. Le second bémol vient qu'en au fait que j'aurais aimé un chapitre ou deux après la révélation finale. J'aurais aimé en savoir un peu plus sur l'après.
Cependant, dans l'ensemble j'ai passé un agréable moment de lecture.
Je conseille ce livre à ceux qui aime le mythe des anges et du destin.

En résumé, des personnages fort attachants pour la plupart, le thème du deuil est abordé sans que pour autant il prenne trop de place ou d'ampleur au risque de plonger le lecteur dans la déprime, la thématique du destin est joliment menée et la plume très agréable à lire.



Extraits :

"Evans s'avança, son rythme cardiaque augmentant à une vitesse folle. Il se mêla à la foule, se mit sur la pointe des pieds, bouscula des gens, mais cette masse devint trop compacte. Il ne put rien voir tant il y avait de monde. Il recula le cœur déchiré et vit un peu plus loin son ami, Luc qui lui faisait de grands signes. Les jambes flageolantes, son journal serré entre ses mains crispées, il finit par le rejoindre. Pourtant, tandis qu'il avançait vers son agent, il sentait au fond de lui quelque chose qui venait de se briser. Il ne put s'expliquer ce qu'était ce quelque chose et quel rapport y avait avec ce qu'il venait de voir. Il ne le savait pas encore mais son destin et toute sa vie venaient d'être chamboulés."

"La lune était pleine et sa lumière illuminait le triste visage d'Eléa. Cela faisait plus d'une heure qu'elle avait cessé de pleurer. Il lui avait semblé qu'elle n'avait plus de larmes. Elle avait mal partout. Son corps recroquevillé depuis des heures la faisait souffrir. Elle essaya de se relever, s'agrippant aux rochers autour d'elle, mais elle dérapa et retomba durement. Elle respira profondément pour empêcher les larmes qui étaient sur le bord de ces cils de couler à nouveau."

"Un bruit sourd fit sortir Eléa de ses joyeux souvenirs. Elle se tourna, sa mère se tenait devant la fenêtre en serrant quelque chose dans ses mains. Eléa avança à pas de loup vers elle et le petite cahier bleu tomba sur le parquet. Soudain, le temps resta en suspend. Plus rien ne bougeait, pas même Eléa qui pétrifiée, observait sa mère sans rien comprendre. Celle-ci la dévisageait complètement abasourdie. Eléa se retourna pour voir ce qu'il y avait derrière elle, il n'y avait rien."

samedi 27 mai 2017

Vous n'aurez pas ma haine de Antoine Leiris


Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 4 janvier 2017
Pages : 128
Prix : 3€90

Synopsis :

Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan.
Accablé par la perte, il n'a qu'une arme : sa plume.
A l'image de la lueur d'espoir et de douceur que fut sa lettre "Vous n'aurez pas ma haine", publiée sur Facebook quelques jours après les attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer. C'est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu'il nous offre.

Mon avis :

J'entend parler de ce livre depuis sa sortie, il me faisait autant envie que peur de par le sujet et le fait qu'il s'agisse d'un témoignage. Genre que je n'ai jamais lu en fait.

Cette chronique sera différente des autres tout simplement parce que là il ne s'agit pas d'une histoire inventée, mais bel et bien de la vie d'un être humain.

Dans ce très court roman, Antoine Leiris nous explique comment sa vie et celle de son fils ont basculées en un instant. De comment on passe de trois à deux et de sa détresse face au fait de se retrouver seul à élever son enfant d'à peine 17 mois.

Antoine Leiris est un ancien chroniqueur et un journaliste. J'avoue que je ne connaissais pas la personne avant d'entendre parler de ce livre. J'ai eu envie de lire ce morceau de son histoire suite aux attentats du 13 novembre 2015 qui ont certes bouleversé notre pays, le monde entier, mais surtout les familles directement concernées. Ces victimes étaient les enfants de quelqu'un, parfois des maris ou des femmes, des parents, des frères et sœurs, des amis, etc... Je crois qu'il est difficile pour ne pas dire impossible de se mettre à leur place et d'imaginer ne serait-ce qu'un instant l'horreur qu'ils vivent et l'avenir sombre qui se profile pour eux, à moins de ne l'avoir vécu soi-même. 
On peut être compatissants, touchés, bouleversés, mais tant que nous ne sommes pas directement touchés, on ne peut pas tout comprendre.

Cet homme était heureux, il a avait une femme merveilleuse, un adorable petit bout de chou, une vie qui semblait lui convenir et dont ils profitaient pleinement tous les trois. Du jour au lendemain, alors que sa femme se rend à un concert et qu'il attend sagement son retour à la maison, il découvre l'horreur de ce qui vient de se passer. Pour lui s'ensuit donc une attente interminable et une angoisse qui ne fait que grandir jusqu'à donner la sensation d'étouffement. Il ne sait rien et les seules personnes qui pourraient le renseigner sont tellement occupées à s'occuper des blessés, des morts, à s'assurer de la sécurité des gens aux alentours, qu'ils ne savent pas eux-mêmes et non pas le temps de chercher les informations. On ne peut qu'essayer de réaliser ce que cela doit faire de rester avec autant d'interrogations en tête et sans savoir si oui ou non nos proches sont en vie.
Ce soir là, j'étais inquiète car je connaissais des personnes qui pouvaient se trouver dans les alentours de la salle de spectacle ou du stade de France, mais moi j'ai eu la chance de ne perdre personne. Tout le monde ne l'a pas eue.

Cet homme, ce père, ce mari, ce journaliste, n' a pas écrit ce livre de façon à ce que l'on s'apitoie sur son sort, pour nous arracher les larmes ou pour nous démoraliser, non! Ce livre est juste ce qu'il avait besoin de dire, de faire, d'écrire suite à ce tragique événement. Il y confie sa colère, son chagrin, sa peur de ne pas savoir y faire seul avec son fils, sa détresse face à la situation, la gentillesse qu'on lui a témoigné, la présence des proches parfois envahissante mais aussi des inconnus dans son quotidien, son besoin de souffler, de se retrouver, d'apprendre la vie à deux et ce genre de choses. Antoine Leiris est bien plus fort qu'il ne le croît face à cette situation. A sa place, beaucoup auraient baisser les bras, se seraient contenter de se morfondre ou se serait laisser aller. Il est courageux, touchant, effrayé, triste et sa façon de réagir mérite qu'on y prête attention, mais délivre aussi un message : la haine ne résout rien et ne permettra jamais à quiconque de se sentir mieux bien au contraire.

Ce message est une note d'espoir malgré le sujet abordé. L'auteur nous prouve que la vie mérite d'être vécue et que quoi qu'il arrive on ne doit jamais baisser les bras, on trouvera toujours quelque chose à quoi s'accrocher pour se lever le matin, faire ce qui doit être fait, jour après jour, semaine après semaine. Pour lui, sa raison de vivre est son fils mais on a forcément tous quelque chose à quoi se raccrocher, il suffit de faire le point et de trouver. La vie n'est facile pour personne, mais malgré les horreurs qui se passe dans notre monde, on ne doit jamais baisser les bras, perdre espoir ou se renfermer sur soi-même. On doit également savoir profiter de chaque instant, aussi insignifiant soit-il car la vie est trop courte et qu'on ne sait jamais quand elle s'achèvera.

J'ai été réellement bouleverser par ce livre et la manière dont on suit ces quinze jours en compagnie d'Antoine et son fils. La plume de l'auteur est simple, efficace et fluide. Le livre est découpé en jour et en heure, ce qui nous permet de nous situer dans l'espace temps et de mieux appréhender le déroulement des choses par rapport à ce terrible jour. On peut ainsi se rendre compte de cette attente insoutenable pour obtenir des informations, de l'espoir qu'on garde jusqu'à la dernière seconde, mais aussi de la difficulté des jours qui suivent un terrible drame.

Je ne peux que conseiller ce court roman au maximum de personnes qu'on soit lecteur ou non. Ce livre parle d'un événement qu'on a tous suivi devant notre poste de télévision il y a un an et demi, quelque chose qui a changé notre vision des choses, de notre prise de conscience face au fait que le monde change continuellement et pas toujours dans le bon sens, mais que dans tous les cas, il ne faut pas s'empêcher de sortir et de se faire plaisir. Il ne faut pas donner raison à ces personnes qui tuent sans raisons, qu'il faut continuer de vivre mais surtout de profiter de la vie. Ce sera la meilleure façon de les combattre : vivre et être heureux!
 Quand il y a un accident de voiture on ne se dit pas, je reste cloîtré chez moi, je ne mettrais plus un pied dehors. Idem pour quand quelqu'un est retrouvé assassiner dans la rue, alors pourquoi devrions-nous agir différemment en cas d'attentat? 
En tout cas, c'est mon avis sur la question.



Extraits :

"Comment ça "en sécurité"? Je pose le livre, me précipite dans le salon sur la pointe des pieds. Il ne faut pas réveiller le bébé. J'attrape la télécommande, la boîte à horreurs met un temps fou à s'allumer. Attentat au Stade de France. Les images ne disent rien. Je pense à Hélène. L'appeler, lui dire qu'il serait plus prudent de prendre un taxi pour rentrer. Mais il y a autre chose. Dans les couloirs du stade, certains sont figés devant un écran. Je ne découvre les images qu'au travers de leurs visages. Ils semblent effarés. Ils perçoivent quelque chose que je ne vois pas. Pas encore. Puis, ne bas de mon écran, le bandeau qui défile trop vite s'arrête soudain. La fin de l'innocence."

"Ce jour-là, je le sens énervé, son mal, sans mot encore, transpire dans chacun des petits tracas insignifiants de sa vie de bébé. Le biscuit est un peu mou, il ne veut plus le manger. Le ballon est parti trop loin, il ne veut plus jouer. La ceinture de la poussette est trop serrée, il ne veut plus y rester. Il se débat avec toutes ces choses qui se bousculent en lui, et qu'il ne comprend pas. Bouillonnement innommable qui lui vole sa curiosité naïve de petit garçon. Quel est ce sentiment inconnu qui lui donne envie de pleurer alors qu'il n'a pas faim, pas mal, ou pas peur? Sa mère lui manque, deux jours déjà qu'elle n'est pas rentrée. Elle ne l'avait jamais quitté plus d'une soirée."

"Depuis vendredi, le seul maître du temps c'est Melvil. En chef d'orchestre, il rythme nos vies à la baguette. Les réveils, les repas, les siestes, les couchers. Qu'importent les heures, il décide quand l'univers doit se lever, et je m'y plie pour que son monde reste intact. Tous les jours, je joue la même symphonie dont il est le métronome, prenant bien soin de respecter chaque note. Lever. Câlin. Petit déjeuner. Jeux. Promenade. Musique. Déjeuner. Histoires. Câlin. Dodo. Lever. Goûter. Promenade. Courses. Musique. Bain. Soins. Dîner. Histoires. Câlins. Dodo." 


vendredi 19 mai 2017

L'antichambre des souvenirs, intégrale de Iman Eyitayo



Éditeur : Plumes Solidaires
Parution : 2015
Pages : 306
Prix : 14€50 (version papier) / 6€99 (version numérique)

Synopsis :

A partir de 16 ans.

J'ai toujours pensé qu'en frôlant la mort, je verrais toute ma vie défilée devant moi. Je me suis trompée. En réalité, je me suis retrouvée dans une antichambre en compagnie d'un "guide" qui m'a annoncé que je devrais revivre cinq moments marquants de la vie avant que mon sort ne soit décidé. J'ai peur : vais-je survivre ou vais-je sombrer? Et si mon avenir dépendait de mon passé, des souvenirs que je dois désormais revivre? Et si au contraire, ma vie ne tenait qu'à un fil, celui du hasard? Je m'appelle Dana, j'ai 32 ans et je joue ma vie.

Merci aux Editions Plumes Solidaires pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre me faisait envie depuis sa sortie donc ça commence à dater maintenant. Quand on me l'a proposé en service presse, j'ai foncé sans chercher plus loin. Je n'avais lu que de bons avis dessus à l'époque et, même si sur le coup je ne me souvenais pas du résumé, je savais qu'il m'avait donné envie de découvrir cette histoire. J'ai donc plongé dans cette histoire sans savoir à quoi m'attendre réellement.

Dans ce livre, on rencontre Dana, une jeune femme de 32 ans que la vie n'a jamais épargné. Elle est mariée à Alex et, alors qu'on la pensait stérile, elle apprend qu'elle est enceinte. Malheureusement un dramatique accident va se produire et elle se retrouve à l'hôpital, dans le coma. Alex sait que si Dana ne se réveille pas bientôt ses chances de survie à elle et au bébé ne cesseront de diminuer. De plus, ils s'étaient promis que si ils leur arriver quelque chose, passer un certain délai, l'autre devrait accepter de le laisser partir.
Alex respectera t-il sa part du marché? Dana se réveillera t-elle de son coma? Quel avenir pour sa grossesse? Ou Dana perdra t-elle la vie?
A vous de le découvrir.

Dana est une jeune femme qui n'a vraiment pas eu une vie facile. Elle a perdu son père lorsqu'elle n'était qu'une enfant, a été victime de harcèlement scolaire, a perdu sa maison d'enfance, a déménagé à l'autre bout du monde, a fait de mauvaises rencontres, etc...
On apprend vraiment à la découvrir, à la cerner et s'attacher à elle au fur et à mesure qu'elle revit ses souvenirs. Certains sont doux et joyeux, alors que d'autres sont tristes et vous prennent aux tripes. Dana est une battante, elle tente toujours de s'accrocher et finit par remonter la pente tant bien que mal. C'est une femme courageuse, déterminée, qui sait ce qu'elle veut ou ne veut pas, mais elle est également fragile, souvent pessimiste, et terriblement attachante. Même si j'avoue que son côté pessimiste est parfois un peu agaçant, je ne peux pas lui reprocher. Avec tout ce qu'elle a vécu, je peux mieux la comprendre. 
Ses différents souvenirs à différents âges vont lui permettre de voir les choses sous un autre angle, de prendre en compte des paramètres qu'elle avait alors occultés depuis, de relativiser, mais aussi de revivre ses meilleurs comme ses pires souvenirs. Comme si elle revivait ses joies et ses peines une seconde fois. Je dois dire que c'est assez cruel comme façon de faire, et en même temps sans doute nécessaire pour lui permettre d'avancer et de laisser ses rancœurs de côté. Cela va aussi lui faire prendre conscience de certaines choses capitales dans son existence dont elle ne se rendait pas compte ou avait une vision biaisée.

Alex est le mari de Dana. Si leur relation s'est un peu détériorée au fil des ans depuis l'annonce de la stérilité de sa femme, il n'empêche que c'est un homme fou amoureux. Le couple ne sait juste plus trop comment faire ou comment le montrer à l'autre. Ils ont un passage à vide et alors que cette miraculeuse grossesse pourrait enfin les ressouder, voila que Dana est victime d'un accident de la route, qu'elle est dans le coma et qu'il ne sait absolument pas si femme et bébé vont se sortir vivants de cette situation dramatique. C'est un homme dévasté par la douleur, la colère et le chagrin. Il sait que tôt ou tard, si elle ne se réveille pas, il devra alors décider et accepter de les laisser partir à jamais loin de lui. Comment vivre avec un tel poids sur les épaules? Comment accepter de faire un tel sacrifice? Mais comment vivre en sachant qu'on a trahi la personne qu'on aime le plus au monde en ne le faisant pas? Alex est face à un terrible dilemme. J'ai été touché par cet homme dont la vie s'est écroulé en deux minutes. On ne peut pas rester insensible à sa détresse.
C'est un personnage qu'on ne voit pas en permanence et qui est même assez peu présent au final dans ce récit, mais les moments où on le retrouve sont forts, poignants et m'ont fait verser un certain nombre de larmes.

Puis nous avons Glimel, le guide de Dana. Cet homme a pour habitude de guider les personnes présentes dans les antichambres. Chaque antichambre a un guide et une personne entre la vie et la mort. Son rôle est de les aider à traverser chaque épreuve qui se cache derrière chaque porte. Il sait que les choses sont compliquées, tristes et éprouvantes pour la personne qui revit une partie de sa vie à chaque fois qu'elle franchit une nouvelle porte, mais aussi l'angoisse qu'elle peut ressentir en attendant que la porte scellant son sort ne s'ouvre : soit le retour à la vie, soit la mort éternelle.
Ce qu'on ignore au début, c'est que pour lui non plus rien n'est simple. Certes il a l'habitude mais ce n'est pas pourtant que cela le laisse de marbre face à tout ça. Il est le spectateur de nombreuses vies et il y a forcément des événements qui le touchent. C'est un homme à l'apparence sereine, il est doux, délicat, diplomate et un réel soutien dans cet ouragan de sentiments divergents.
Je me suis également attachée à lui et surtout à un moment en particulier. On comprend que sa situation n'a absolument rien d'enviable et j'aimerais clairement pas me retrouver à sa place.

Iman Eyitayo a une plume délicate, sensible et extrêmement plaisante. L'univers qu'elle a crée ici est juste incroyable. Elle a pensé au moindre détail, à la moindre émotion, à la moindre sensation et le tout sans fioritures. Son intrigue est menée avec brio du début à la fin du roman. Ses personnages sont attachants, les émotions sont réalistes et justes : la joie, le fait d'en vouloir à la terre entière, la peine que l'on ressent à la perte d'un proche, etc... J'ai commencé à verser des larmes dès la vingtième page et je peux vous dire que plus j'avançais dans le récit, plus je me sentais déstabiliser par tant d'émotions et de sentiments contradictoires. Ce livre m'a fait vivre un véritable ascenseur émotionnel dont j'ai eu bien du mal à me remettre. Je l'ai fini hier matin et en vous rédigeant cette avis, je dois bien vous avouer que les larmes menacent de m'envahir à nouveau. Malheureusement pour moi, ce livre a fait resurgir certains événements de ma vie que j'ai parfois bien du mal à laisser derrière moi pour avancer. C'est pour cette raison que je n'ai pas pu avoir un coup de cœur. L'auteure nous fait également un rappel concernant le fait que la vie est courte et qu'il faut savoir profiter au mieux de chaque instant en se concentrant plutôt sur les choses positives que sur les négatives, sous risque de passer à côté de merveilleuses personnes, choses ou tout simplement de sa vie. Je dois dire qu'elle a également su me surprendre tout au long de son récit car dès qu'on pense savoir où elle va nous mener, là voila qui change totalement de direction. Elle a joué avec mes nerfs un bon moment et mon cœur a palpité de façon très intense à chaque nouvelle information. Je me demandais comment tout cela allait finir. La seule chose que je peux rajouter c'est qu'à mes yeux, cette fin est juste parfaite!
Je ne sais plus vraiment quoi rajouter de peur d'en dire trop, donc je vais m'arrêter là tout en vous recommandant chaudement cette histoire. Néanmoins, aux personnes qui auraient perdu un être proche il y a peu de temps, je préfère vous prévenir que ce livre risque fortement de vous replonger dans votre propre vécu.

En résumé, une magnifique histoire, touchante et oh combien bouleversante. Des personnages attachants qu'on apprend à connaître, à appréhender et à comprendre en plus de ressentir énormément d'empathie à leur égard. Une intrigue royalement bien menée et des retournements de situation qui vous mettront sans dessus dessous. Aux lecteurs et lectrices qui ont la larme facile, petit conseil, prévoyez un stock de mouchoirs avant de commencer votre lecture. Une plume addictive, fluide et appréciable qui vous embarquera au cœur de cette antichambre des souvenirs et vous fera vivre toute une palette d'émotions.



Extraits :

"Le plateau repas prêt, Alex descend et je prend mon tour de salle de bains. En une demi-heure, nous sommes prêts et quittons la maison sans oublier le fatidique "Bonne journée" qui ne trahit que de la politesse. Pas de baiser, pas de mots d'amour, rien de tout ça. Notre couple tient encore, mais la routine et le vide créé par l'absence d'enfants ont pris le dessus. Parfois je me dis que sans le sexe, nous ne serions plus que l'ombre de nous mêmes."

"Pourtant, l'endroit est plutôt accueillant, immense et extrêmement coûteux. Les parents ayant souhaité m'offrir la meilleure éducation possible, la découverte de ce collège privé pour filles à seulement deux rues de la maison avait été une aubaine à ne pas laisser passer. Ils avaient tout de suite réservé une place pour ma sixième primaire, l'équivalent de la sixième en France. En me basant sur la marque indélébile  qu'a laissée cette journée dans ma mémoire, je sais qu'il s'agit de mon troisième semestre à Victoria."

"Je m'effondre à même le sol, incapable d'arrêter mes reniflements ou quintes de toux. J'ai du mal à respirer, je me tiens la poitrine pour essayer de comprimer la douleur. Je n'y arrive pas alors je me lève, cherche un support. Je n'arrive pas à concevoir la vie sans mon père. Il est le socle sur lequel je repose, mon équilibre. Comment ne pas tomber après ça? Comment se lever, manger, aller en cours, rire?"


jeudi 18 mai 2017

Abiola et la plante magique de Iman Eyitayo



Éditeur : Plumes Solidaires
Parution : 26 août 2016
Pages : 88
Prix : 6€ (version papier) / 3€99 (version numérique)

Synopsis :

Abiola, 7 ans et demi, est une petite fille pleine d'entrain à l'approche des vacances scolaires. Seulement, cette année, quelque chose la rend triste : sa grand-mère est malade et elle est incapable de l'aider. Heureusement, son amie Hui Lin lui parle d'une rumeur qui circule dans les marchés chinois de la capitale : une fleur capable de guérir toutes les maladies pousserait chaque année, juste avant le début de la saison des pluies, à une trentaine de kilomètres de là. Toutefois, la plante serait protégée par des créatures auxquelles personne ne veut avoir affaire...

Mon avis :

J'avais déjà repéré ce livre à sa sortie et puis, j'avoue qu'avec le temps et le nombre de parutions mensuelles de plus en plus important, j'ai fini par l'oublier... Quand j'ai vu l'événement Facebook lancé par la maison d'édition, je n'ai pas hésité un seul instant pour me le prendre (malgré que son prix hors promotion est largement correct).

Dans ce livre on va suivre une petite fille répondant au doux nom de Abiola. Elle a 7 ans et demi et a deux amis : Hui Lin qui est d'origine chinoise et, Francis qui est d'origine française.
Lorsque la grand-mère d'Abiola tombe malade, les trois enfants vont se mettre en quête de cette mystérieuse fleur. Mais leur chemin sera sombre et les ennuis jamais bien loin.

Abiola est une petite fille attendrissante, gentille, courageuse, d'ordinaire joyeuse et très attachée à sa famille. Lorsqu'elle apprend la maladie de sa grand-mère, Abiola sent la tristesse l'envahir au point de prendre le dessus sur le reste. Elle a peur de la perdre pour toujours et réalise que malheureusement, personne n'est éternel. Ce constat est assez dur à encaisser et à cet âge-là tout particulièrement. Elle se sent totalement démunie et inutile. Elle qui aimerait tant pouvoir aider sa grand-mère et la soigner. C'est d'ailleurs pour cette raison, qu'elle prend son courage à deux mains et invite ses amis à la rejoindre dans sa quête.
Je l'ai beaucoup apprécié et je comprend tout à fait ce qu'elle peut ressentir. Cela m'a sans doute permis de m'attacher très facilement à elle.

Il y a également Hui Lin, une autre petite fille adorable. Elle est serviable, gentille, a toujours une oreille qui traîne partout et est un soutien de taille pour Abiola. C'est elle qui lui parle de cette fameuse rumeur et qui l'incite à partir à l'aventure. Elle sait se montrer convaincante et déterminée.
C'est une petite boule d'énergie que j'ai été ravie de rencontrer.

Et puis, on a Francis. Le seul garçon de cette histoire. Il est très terre à terre et ne croît pas en la magie ou aux choses extraordinaires. Il est le plus âgé du groupe et parle français avec un accent bien défini. Même si il est sceptique, il décide d'accompagner ses amies coûte que coûte. Il est également le joyeux luron de la bande, toujours prêt pour faire des bêtises.
C'est le personnage sur lequel finalement on sait le moins de choses donc il est compliqué pour moi de vous brosser un portrait détaillé.

J'ai aimé leur amitié à tous les trois. Ils sont tous les trois d'ethnies différentes et cela crée une merveilleuse relation que j'ai pris plaisir à découvrir.

La plume de l'auteure est belle, fluide et efficace. Grâce à elle, j'ai voyagé à l'autre bout du monde sans bouger de ma chauffeuse. J'ai aimé découvrir ce pays, sa culture, ses légendes et mythes, ses habitants et quelques lieux en particulier. L'histoire est fort plaisante, ses personnages sont attachants et ont tous un aspect bien précis qui les caractérisent. Sans compter que leur différence de nationalité apporte un petit quelque chose en plus. L'auteure a fait le choix de prendre un lieu pas trop éloigné de là où ils passent leurs vacances, ce qui rend le tout bien plus crédible que si elle les avait fait traverser une partie du pays.
On nous offre ici, un joli conte bien ficelé avec une bien jolie morale! Et de belles illustrations viennent ponctuer le récit.
Si je devais pointer du doigt les aspects négatifs, il n'y en aurait qu'un seul : j'aurais aimé que ce conte soit un peu plus long pour en apprendre davantage.

En résumé, un très joli conte qui provoque dépaysement et bonheur. Des personnages qu'on apprend à découvrir et à aimer. Et une plume douce qui coule toute seule.



Extraits :

"Francis, lui, ne parle que français, avec un accent bien de chez lui qu'Abiola imitait souvent pour rigoler. Leurs différences ne les séparaient pas, bien au contraire. Ils apprenaient toujours les uns des autres et étaient amis pour la vie, tout simplement. Et si l'un d'eux faisait un plat traditionnel chez lui, les autres accourraient comme si leur vie en dépendait."

"Les deux petites filles oublièrent tout de suite leurs problèmes du moment et commencèrent une longue bataille de sable sous le manguier de monsieur Traoré. La bataille se transforma vite en course poursuite dans les arbres et, lorsqu'ils firent accidentellement tomber une mangue au sol, ils n'attendirent pas et filèrent à la maison en espérant que leur acte ne soit pas découvert. Ils rentrèrent finalement chez eux avec presque deux heures de retard, priant pour que leurs parents ne les punissent pas dès le début des vacances..."

"La petite fille s'arrêta lorsqu'elle n'entendit plus la musique effrayante. Essoufflée, elle examina les alentours. Elle avait eu si peur qu'elle n'avait pas regardé dans quelle direction étaient partis ses amis.  La voilà à présent seule dans les rues de Kokoyé. Qu'est-ce qui lui avait pris de partir à la recherche de cette plante! Les zangbétô étaient bien réels et très effrayants! Elle n'en avait pas encore vu que déjà elle tremblait de partout."

lundi 15 mai 2017

L'abominable Ours câlineur de Clémentine Ferry et Sabrina Moguez



Éditeur : Nats Editions
Parution : 15 mai 2017
Pages : 32
Prix : 12€ (version papier)

Synopsis :

Darla la Harpie aime grignoter un Humain pour dîner, mais un soir pas comme les autres, elle fait la rencontre de l'Abominable Ours Câlineur.

Un être tout mignon et tout doux : le pire des cauchemars pour Darla...

Merci à Nats Edition pour ce service presse.

Mon avis :

Dans cet album jeunesse, on découvre Darla, une jeune Harpie. Sa mission est uniquement d'effrayer les humains. Les Harpies se nourrissent exclusivement de vers, d'oiseaux ou de rongeurs. Seulement Darla n'en fait qu'à sa tête et préfère de loin se délecter de la chair fraîche des humains. Ses aînés lui laissent une dernière chance de se racheter, sinon elle sera bannie de leur clan.

Darla est jeune, têtue et déterminée à se nourrir comme elle le désire. C'est une héroïne qui n'a que faire des règles, de la diplomatie, de l'avis des anciens... La seule chose qu'elle voit, c'est que la chair des humains est bien meilleure. Son appétit pour cette dernière est plus fort que tout le reste et elle persiste donc dans cette direction. Mais un soir, alors qu'elle guette une nouvelle proie, elle aura la plus grosse frayeur de sa vie en rencontrant l'Abominable Ours Câlineur. Elle qui a pour mission de faire peur, sera l'arroseur arrosé dans toute cette histoire. L'ours lui prouvera qu'elle n'est pas si forte qu'elle le pense ou le prétend. La jeune Harpie verra sa vie chamboulé par son pire ennemi.

L'Abominable Ours Câlineur est tout gentil, tout mignon et tout doux, excepté vis-à-vis de Darla.
Il est le protecteur, l'ami et le confident de son propriétaire. C'est un ours bienveillant qui se fait la mission de veiller coûte que coûte sur l'enfant qui sommeille à côté de lui.
Je l'ai trouvé trop choupinou et attentionné. Il va prouver à Darla qu'il peut la maîtriser comme bon lui semble et que la vie ne s'arrête pas à croquer des humains. Il lui donne une perspective qu'elle n'a jusque là, jamais envisager.

La plume est jolie, fluide et agréable à lire. L'auteure sait justement doser les passages un peu plus effrayants et les passages tout doux pour convenir à un public très jeune. Les plus petits auront leur dose de frisson sans pour autant ne pas fermer l’œil de la nuit.
Le message que j'ai retenu de cette lecture (ce n'est que mon avis) est que si des règles sont établies ce n'est pas pour rien. Elles ne sont pas toujours faciles à suivre ou accepter, mais elles servent à quelques chose. Si Darla avait écouter ses aînés, elle ne serait pas tombée sur l'ours et n'aura pas eu la plus grosse frayeur de sa vie. On peut trouver le moyen de s'amuser et un sens à sa vie sans pour autant blesser les autres.

Les illustrations sont colorées, les tons choisis sont juste parfaits et l'aspect de nos personnages est un plaisir pour les yeux. J'ai adoré les différentes illustrations qui accompagnent le récit. C'est le genre de dessins qui me feront acheter un roman sans lire le résumé.

En résumé, un très joli conte pour enfants avec une morale que l'on pourra sans doute voir de différentes manières. Un récit qui alterne les passages doux et effrayants pour apporter une légère dose de frissons à ses jeunes lecteurs sans pour autant leur provoquer des cauchemars et des illustrations que j'ai adoré. Il m'a d'ailleurs été très difficile de choisir lesquelles j'allais vous présenter en extraits. Un conte que je recommande aux plus petits comme aux plus grands, qui ne manqueront pas d'être à leur tour émerveiller par cet ouvrage!



Extraits :






samedi 13 mai 2017

J'ai avalé un arc-en-ciel de Erwan Ji


Éditeur : Nathan
Parution : 2 mars 2017
Pages : 384
Prix : 16€95

Synopsis :

Je m'appelle Capucine, mais on m’appelle Puce. J'ai dix-sept ans, la peau mate et un accent de Montpellier. Enfin, l'accent, c'est quand je parle français. Je vis aux Etats-Unis depuis que j'ai trois ans. Cette année, il m'est arrivé un truc phénoménal. Retournement de vie, frisson géant, secousse cosmique...
Vous appelez ça comme vous voulez, mais la vérité... c'est que j'ai avalé un arc-en-ciel.

Mon avis :

Quelque chose dans ce livre et son résumé m'a de suite interpellée sans que je sache pourquoi. J'ai donc plongé dans cette histoire sans savoir à quoi correspondait le titre, je ne l'ai deviné que bien plus tard...

Dans ce roman, on découvre Capucine dite Puce. Elle a dix-sept ans et, est lycéenne. Elle habite en Amérique mais parle couramment le français grâce à son père dont c'est la langue maternelle. De ce fait, elle a l'habitude de le pratiquer et de visiter notre beau pays. Cette année est celle de la terminale pour Capucine et ses amis. L'année de tous les risques, toutes les découvertes, des doutes, des espoirs, de l'avenir qui se profile de plus en plus nettement, de la remise en question de soi-même, des amitiés, des amours, des embrouilles, des désillusions, des certitudes, mais aussi celle qui vous fait passer de l'adolescence à l'âge adulte. 
On va la suivre des grandes vacances précédent sa dernière année de lycée à la période de remise des diplômes pour ceux et celles qui auront briller pendant leur scolarité.
Puce a décidé de nous raconter ce passage important de sa vie à travers ses articles de blog, ce qui ajoute ce petit côté à la fois intime et public au récit. 

Puce est une héroïne intéressante à suivre. Elle nous livre ce qui est ancré au plus profond d'elle-même comme si elle parlait à son journal intime. Cela crée une certaine proximité avec le lecteur et est appréciable. Elle est drôle, intelligente, à la tête sur les épaules, se pose beaucoup de questions sur son avenir aussi bien privé que sur sa future vie d'étudiante, elle a du caractère, elle est franche, joyeuse, attachante, aime lire et n'hésites pas à se remettre en question pour avancer.
Grâce à elle, on en apprend plus sur cette fameuse culture américaine qu'on voit tant dans les séries télévisées ou dans l'univers cinématographique. Elle nous explique les expressions courantes employées par ses amis et elle-même et tente de nous donner l'équivalent en français. On découvre qu'il y a énormément de différences entre nos deux continents concernant les méthodes d'enseignements, les examens ou encore ces fameux bals de promo que nous ne connaissons pas dans notre pays. Elle s'accroche et est déterminée à s'en sortir dans un monde qui n'est pas forcément le sien. En effet, elle étudie dans un lycée prestigieux, mais seulement parce que sa mère y exerce son métier et qu'elle a pu obtenir une bourse. Sans cela, sa famille n'aurait probablement pas les moyens de payer la fortune réclamée pour ce genre de prestations. Pour les aider, elle se prend un travail en tant qu'étudiante. C'est une jeune fille volontaire qui n'est pas du genre à se plaindre sans arrêt.
J'ai appris pas mal de choses grâce à elle et j'ai aimé la suivre tout au long du récit.

Sara est la meilleure amie de Puce. Sa confidente, son épaule pour pleurer, celle avec qui elle partage les commérages, les fous rires, mais aussi les pensées moins joyeuses. Elles sont très proches même si Sara est un peu jalouse de l'amitié naissante entre Puce et Aiden. Elle se sent délaissée et abandonnée. C'est un personnage assez excentrique, butée, intelligente, drôle et au tempérament de feu. Elle n'est pas forcément très observatrice sur certains points et la mission de lui faire ouvrir les yeux est malheureusement toujours pour Puce. Elle peut-être aussi douce et sensible que caractérielle et chiante. Elle a deux facettes que je n'ai pas toujours compris. De plus, elle juge un peu trop facilement ses amis sans prendre la peine de discuter calmement avec eux et d'essayer de se mettre à leur place ou de les comprendre. J'avoue que j'ai un peu de mal avec ce trait de caractère. Néanmoins, elle apporte un petit grain de folie à l'histoire qui n'est pas pour me déplaire.

Puis il y a Aiden, une jeune fille au look décalé et ouverte d'esprit. Elle est joyeuse, douce, un peu folle sur les bords (mais dans le bon sens du terme), attentionnée et délicate. C'est une musicienne mais également une dessinatrice à ses heures perdues. Elle est intelligente, ne fais rien comme tout le monde et ressemble fortement à un électron libre. Elle se fout royalement de l'avis, du regard et du jugement des autres. Elle a une autre "particularité" si je puis m'exprimer ainsi, mais si vous voulez savoir ce qu'il en est, il vous faudra lire le lire par vous-même. Je vous donne juste un indice : regardez bien la couverture. L'amitié qu'il la lie à Puce est belle, authentique et tellement naturelle.
J'ai adoré le personnage d'Aiden, peut-être même un peu plus que celui de notre héroïne. C'est une bouffée d'oxygène au milieu de cet environnement. Elle chamboulera beaucoup de choses sur son passage et j'ai apprécié la direction prise par l'auteur la concernant.

La plume de Erwan Ji est fluide et sans fioritures. Il a fait le choix de retranscrire son histoire sous forme de blog donc forcément ça m'intéresse, ça me parle et crée un certain engouement chez moi à poursuivre rapidement ma lecture. J'ai aimé qu'il prenne le temps de détaillé chaque us et coutume de la société américaine et de nous l'expliquer. J'ai appris pas mal de choses et aborde les choses sous un nouvel angle. On a même le droit à la traduction d'une insulte assez répandue chez nous. Il aborde les différents thèmes principaux de l'adolescence sans tomber dans l'exagération, le drama, le pathétique ou je ne sais quoi d'autre. Il nous livre juste un récit juste et sensible sur toutes les questions que l'on peut se poser à cet âge-là. Il évoque également plusieurs livres et même le phénomène Youtube. Je regrette juste qu'il n'appuie pas plus sur la complexité de certains aspects de son thème principal (celui qui est en rapport avec cette couverture colorée), car on a l'impression que tout est finalement assez facile et banale. Pourtant, on est souvent très loin de la vérité et ce même en 2017!
Il s'agit de son premier roman et je dois dire que je suis plutôt convaincue par sa manière d'écrire, par la sensibilité que l'on ressent à travers les pages et par son envie de ne pas en faire trop. Le second et dernier petit bémol que je donnerais à ce roman est le fait que par contre, je n'ai pas ressentie beaucoup d'émotions. Certaines scènes m'ont énervée et d'autres touchées, mais ce fut assez rare malgré les 384 pages de cette histoire. J'aurais aimé ressentir plus de choses et me replonger aisément dans mes années lycée. 

En résumé, une histoire agréable et bien sympathique qui nous permet à nous, français, de découvrir la culture américaine mais aussi de mieux l'appréhender. Des personnages attachants dans l'ensemble et une plume tout en simplicité et fluidité. J'ai apprécié l'aspect blog du roman qui a su me parler et crée une addiction jusqu'à la dernière page. Des thèmes divers et variés qui peuvent parfois poser de réels problèmes à l'adolescence. Ce roman est la tranche de vie d'une lycéenne qui nous livre ses rêves, ses espoirs, ses doutes et questionnements sur l'avenir. Un livre qui fera écho aux interrogations qu'on a pu avoir au même âge et que je vous recommande car, au final, j'ai passé un agréable moment avec ce livre même si ce n'est pas LA lecture du siècle et que j'ai ressenti un manque d'émotions.



Extraits :

"Sara et moi, on est des Potterheads. On a lu tous les livres de la série huit fois. Ce n'est pas la peine d'essayer de nous coller, parce qu'on sait tout. Quand on se fait des promesses, on jure sur la tête d'un personnage de la série et on doit dire son nom en entier avec les deux prénoms et tout, sinon ça ne marche pas. C'est juste entre Sara et moi, parce que Vaneck, il serait capable de confondre un épouvantard avec un détraqueur, et Soupe, c'est un tel Moldu, je ne serais pas surprise s'il pense que Dumbledore est une marque de slips."

"Le samedi soir, on a des habitudes différentes de celles des Populaires. L'une de nos préférées, c'est de passer la nuit dans une vieille cabane abandonnée qu'on a aménagée dans la forêt. Soupe l'a trouvée quand il avait dix ans. On a passé une bonne partie de nos weeks-ends de deuxième année à la rénover pour en faire notre quartier général. On fait des feux de camp, on se raconte des histoires effrayantes, on fait griller des marshmallows, Soupe joue de la guitare, Sara nous raconte les derniers potins, Vaneck imite les profs, on refait le monde, on glisse de fausses araignées dans le sac de couchage de Soupe, et pour les occasions spéciales, on fume un ou deux joints qu'on a échangés à Seemus contre des pâtisseries que j'ai faites."

"Je me suis assise au fond près de la fenêtre. J'ai attrapé Nos étoiles contraires dans mon sac à dos et j'ai commencé à lire. Au lycée, tous ceux qui lisent l'ont déjà lu, mais moi j'ai tellement de livres sur ma table de nuit que j'ai souvent un wagon de retard sur les autres. Quand j'étais somophore, j'ai entendu parler de "Peeta" et de "Gale" pendant des mois sans savoir de qui il s'agissait, et quand j'ai enfin lu Hunger Games, ça n'intéressait plus personne."

Je dois dire que ce dernier extrait me correspond tout à fait.