samedi 27 mai 2017

Vous n'aurez pas ma haine de Antoine Leiris


Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 4 janvier 2017
Pages : 128
Prix : 3€90

Synopsis :

Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan.
Accablé par la perte, il n'a qu'une arme : sa plume.
A l'image de la lueur d'espoir et de douceur que fut sa lettre "Vous n'aurez pas ma haine", publiée sur Facebook quelques jours après les attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer. C'est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu'il nous offre.

Mon avis :

J'entend parler de ce livre depuis sa sortie, il me faisait autant envie que peur de par le sujet et le fait qu'il s'agisse d'un témoignage. Genre que je n'ai jamais lu en fait.

Cette chronique sera différente des autres tout simplement parce que là il ne s'agit pas d'une histoire inventée, mais bel et bien de la vie d'un être humain.

Dans ce très court roman, Antoine Leiris nous explique comment sa vie et celle de son fils ont basculées en un instant. De comment on passe de trois à deux et de sa détresse face au fait de se retrouver seul à élever son enfant d'à peine 17 mois.

Antoine Leiris est un ancien chroniqueur et un journaliste. J'avoue que je ne connaissais pas la personne avant d'entendre parler de ce livre. J'ai eu envie de lire ce morceau de son histoire suite aux attentats du 13 novembre 2015 qui ont certes bouleversé notre pays, le monde entier, mais surtout les familles directement concernées. Ces victimes étaient les enfants de quelqu'un, parfois des maris ou des femmes, des parents, des frères et sœurs, des amis, etc... Je crois qu'il est difficile pour ne pas dire impossible de se mettre à leur place et d'imaginer ne serait-ce qu'un instant l'horreur qu'ils vivent et l'avenir sombre qui se profile pour eux, à moins de ne l'avoir vécu soi-même. 
On peut être compatissants, touchés, bouleversés, mais tant que nous ne sommes pas directement touchés, on ne peut pas tout comprendre.

Cet homme était heureux, il a avait une femme merveilleuse, un adorable petit bout de chou, une vie qui semblait lui convenir et dont ils profitaient pleinement tous les trois. Du jour au lendemain, alors que sa femme se rend à un concert et qu'il attend sagement son retour à la maison, il découvre l'horreur de ce qui vient de se passer. Pour lui s'ensuit donc une attente interminable et une angoisse qui ne fait que grandir jusqu'à donner la sensation d'étouffement. Il ne sait rien et les seules personnes qui pourraient le renseigner sont tellement occupées à s'occuper des blessés, des morts, à s'assurer de la sécurité des gens aux alentours, qu'ils ne savent pas eux-mêmes et non pas le temps de chercher les informations. On ne peut qu'essayer de réaliser ce que cela doit faire de rester avec autant d'interrogations en tête et sans savoir si oui ou non nos proches sont en vie.
Ce soir là, j'étais inquiète car je connaissais des personnes qui pouvaient se trouver dans les alentours de la salle de spectacle ou du stade de France, mais moi j'ai eu la chance de ne perdre personne. Tout le monde ne l'a pas eue.

Cet homme, ce père, ce mari, ce journaliste, n' a pas écrit ce livre de façon à ce que l'on s'apitoie sur son sort, pour nous arracher les larmes ou pour nous démoraliser, non! Ce livre est juste ce qu'il avait besoin de dire, de faire, d'écrire suite à ce tragique événement. Il y confie sa colère, son chagrin, sa peur de ne pas savoir y faire seul avec son fils, sa détresse face à la situation, la gentillesse qu'on lui a témoigné, la présence des proches parfois envahissante mais aussi des inconnus dans son quotidien, son besoin de souffler, de se retrouver, d'apprendre la vie à deux et ce genre de choses. Antoine Leiris est bien plus fort qu'il ne le croît face à cette situation. A sa place, beaucoup auraient baisser les bras, se seraient contenter de se morfondre ou se serait laisser aller. Il est courageux, touchant, effrayé, triste et sa façon de réagir mérite qu'on y prête attention, mais délivre aussi un message : la haine ne résout rien et ne permettra jamais à quiconque de se sentir mieux bien au contraire.

Ce message est une note d'espoir malgré le sujet abordé. L'auteur nous prouve que la vie mérite d'être vécue et que quoi qu'il arrive on ne doit jamais baisser les bras, on trouvera toujours quelque chose à quoi s'accrocher pour se lever le matin, faire ce qui doit être fait, jour après jour, semaine après semaine. Pour lui, sa raison de vivre est son fils mais on a forcément tous quelque chose à quoi se raccrocher, il suffit de faire le point et de trouver. La vie n'est facile pour personne, mais malgré les horreurs qui se passe dans notre monde, on ne doit jamais baisser les bras, perdre espoir ou se renfermer sur soi-même. On doit également savoir profiter de chaque instant, aussi insignifiant soit-il car la vie est trop courte et qu'on ne sait jamais quand elle s'achèvera.

J'ai été réellement bouleverser par ce livre et la manière dont on suit ces quinze jours en compagnie d'Antoine et son fils. La plume de l'auteur est simple, efficace et fluide. Le livre est découpé en jour et en heure, ce qui nous permet de nous situer dans l'espace temps et de mieux appréhender le déroulement des choses par rapport à ce terrible jour. On peut ainsi se rendre compte de cette attente insoutenable pour obtenir des informations, de l'espoir qu'on garde jusqu'à la dernière seconde, mais aussi de la difficulté des jours qui suivent un terrible drame.

Je ne peux que conseiller ce court roman au maximum de personnes qu'on soit lecteur ou non. Ce livre parle d'un événement qu'on a tous suivi devant notre poste de télévision il y a un an et demi, quelque chose qui a changé notre vision des choses, de notre prise de conscience face au fait que le monde change continuellement et pas toujours dans le bon sens, mais que dans tous les cas, il ne faut pas s'empêcher de sortir et de se faire plaisir. Il ne faut pas donner raison à ces personnes qui tuent sans raisons, qu'il faut continuer de vivre mais surtout de profiter de la vie. Ce sera la meilleure façon de les combattre : vivre et être heureux!
 Quand il y a un accident de voiture on ne se dit pas, je reste cloîtré chez moi, je ne mettrais plus un pied dehors. Idem pour quand quelqu'un est retrouvé assassiner dans la rue, alors pourquoi devrions-nous agir différemment en cas d'attentat? 
En tout cas, c'est mon avis sur la question.



Extraits :

"Comment ça "en sécurité"? Je pose le livre, me précipite dans le salon sur la pointe des pieds. Il ne faut pas réveiller le bébé. J'attrape la télécommande, la boîte à horreurs met un temps fou à s'allumer. Attentat au Stade de France. Les images ne disent rien. Je pense à Hélène. L'appeler, lui dire qu'il serait plus prudent de prendre un taxi pour rentrer. Mais il y a autre chose. Dans les couloirs du stade, certains sont figés devant un écran. Je ne découvre les images qu'au travers de leurs visages. Ils semblent effarés. Ils perçoivent quelque chose que je ne vois pas. Pas encore. Puis, ne bas de mon écran, le bandeau qui défile trop vite s'arrête soudain. La fin de l'innocence."

"Ce jour-là, je le sens énervé, son mal, sans mot encore, transpire dans chacun des petits tracas insignifiants de sa vie de bébé. Le biscuit est un peu mou, il ne veut plus le manger. Le ballon est parti trop loin, il ne veut plus jouer. La ceinture de la poussette est trop serrée, il ne veut plus y rester. Il se débat avec toutes ces choses qui se bousculent en lui, et qu'il ne comprend pas. Bouillonnement innommable qui lui vole sa curiosité naïve de petit garçon. Quel est ce sentiment inconnu qui lui donne envie de pleurer alors qu'il n'a pas faim, pas mal, ou pas peur? Sa mère lui manque, deux jours déjà qu'elle n'est pas rentrée. Elle ne l'avait jamais quitté plus d'une soirée."

"Depuis vendredi, le seul maître du temps c'est Melvil. En chef d'orchestre, il rythme nos vies à la baguette. Les réveils, les repas, les siestes, les couchers. Qu'importent les heures, il décide quand l'univers doit se lever, et je m'y plie pour que son monde reste intact. Tous les jours, je joue la même symphonie dont il est le métronome, prenant bien soin de respecter chaque note. Lever. Câlin. Petit déjeuner. Jeux. Promenade. Musique. Déjeuner. Histoires. Câlin. Dodo. Lever. Goûter. Promenade. Courses. Musique. Bain. Soins. Dîner. Histoires. Câlins. Dodo." 


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