dimanche 6 mai 2018

Moana, tome 1 : La saveur des figues


Auteure : Silène Edgar
Éditeur : Castelmore
Parution : 14 mars 2018 (réédition)
Pages : 288
Prix : 6€90 (papier - poche) - 4€99 (ebook)
Genre : Jeunesse - Post-apocalyptique
Lu en : numérique
Lecture : Service Presse

À partir de 12 ans.

Synopsis :

Dans un futur post-apocalyptique, le monde est en proie à un grand refroidissement et l'humanité est menacée de disparaître. La Polynésie où vit Moana n'échappe pas à cette règle, elle est recouverte de neige. Selon les règles édictées par son peuple, la jeune fille doit se marier et avoir des enfants au plus vite. Mais il est hors de question pour Moana de suivre ces règles qui ne lui conviennent pas. Une seule solution : fuir, vivre sa vie selon ses propres choix.


Pourquoi ce livre a rejoint ma pal?

Le fait que ce roman soit du post-apo, que l'auteure soit française (on a, nous aussi de très bons auteurs et je trouve dommage qu'ils ne soient pas plus mis en avant) et qu'on nous fasse voyager jusqu'en Polynésie m'ont convaincu de découvrir ce premier tome.

Les personnages :

Moana est une adolescente de 12 ans. Elle vit avec grand nombre de personne de sa famille dans un fare en Polynésie et redoute le moment tant attendu, où le gouvernement l'obligera à se marier et enfanter. Elle veut vivre sa vie, profiter des siens, aimerait voir et découvrir les sensations de l'ancien monde, voyager, etc... tout, sauf se marier si jeune et être mère. 
Comment peut-on devenir femme et mère quand on est soi-même, encore qu'une enfant?
Moana est une jeune fille intelligente, débrouillarde, parfois insolente car elle refuse de se plier aveuglément aux règles établis par le gouvernement et le conseil des anciens. déterminée, rêveuse, elle a peur de l'avenir mais fait preuve de courage et choisi sa propre voie. C'est une jeune héroïne plutôt attachante qu'on a envie de soutenir, de consoler et d'encourager. 

Mémine est l'arrière grand-mère de Moana, elle a 80 ans et aurait dû partir pour la maison des souvenirs il y a déjà 20 ans. Le gouvernement envoie les anciens dès 60 ans dans ces maisons à Pondichéry pour préserver les souvenirs de l'ancien temps.  Pour une raison inconnue, la famille de Moana cache Mémine aux yeux de tous depuis 20 tant d'années. Cela représente un grand danger pour eux, si cela venait à être découvert. Mémine est donc cloîtrée dans le fare, elle ne peut pas sortir, pas parler aux autres membres de la communauté et les journées semblent interminables pour elle. Sa santé semble se décliner de jour en jour, comme si tout cela la lasser profondément, elle dort de plus en plus, et tous ont peut pour elle. Néanmoins, sa famille peut compter sur elle, pour découvrir des histoires ou des anecdotes pour voyager dans ce fameux monde d'avant la catastrophe et dont elle est la seule gardienne encore présente.
C'est une femme nostalgique, battante, qui ne veut pas laisser disparaître la beauté ou la vie d'antan, elle est toujours souriante, bienveillante, et aime transmettre ce qu'elle sait. Mémine m'a beaucoup touché de par son histoire propre, ses rêves, ses désillusions, ses pertes et ses joies.

Dans ce premier tome, nous rencontrerons tous un tas de personnages qu'ils soient éphémères ou souvent présents, des gens biens comme il se fait rare dans cette société ou de véritables ordures, prêt à tout pour passer du bon temps ou se faire bien voir du gouvernement. Une chose est sûre : chacun a sa place dans cette histoire et sans eux, elle ne serait pas ce qu'elle est.

L'intrigue :

Je suis très intéressée par les films catastrophes, donc un livre digne de ce genre ne pouvait que me donner envie. Certes, c'est moins visuel ou époustouflant qu'un film, mais ça n'en reste pas moins intéressant de voir comment Silène Edgar a pu construire son propre univers.

Dans son univers, tout est régit et dicté à grande échelle par le Gouvernement de Pondichéry et, plus localement par les différents Conseils des Anciens. Les adolescentes à l'âge de 12 ans et une fois réglée doivent se marier et enfanter le plus rapidement possible afin d'assurer une pérennisation de l'humanité. Ici, plus de mariage par amour, plus d'unions libres, plus de désir ou non pour la femme de devenir mère ou de s'abstenir. Elles doivent se plier aux règles établies, que cela leur plaise ou non.
Les anciens atteignant l'âge de 60 ans se voit séparer des leurs et rejoignent les maisons du souvenirs présentes dans la capitale. Le gouvernement estime qu'il faut se concentrer sur le présent et l'avenir, sans s'encombrer du poids du passé, mais pour que celui-ci ne disparaisse pas plus encore, ils recueillent chaque souvenir pour le jour où, enfin le monde sera reconstruit et qu'il sera temps de se replonger dedans. Voici un léger aperçu de l'ambiance dans laquelle on plonge à travers ce roman. Rassurez-vous, vous aurez encore bien des choses à découvrir si vous décidez de tenter cette aventure.
L'univers est intéressant, assez détaillé mais pas trop, juste ce qu'il fait pour nous donner envie d'en connaître toujours plus, mais sans plomber la dynamique du récit. Je pense que l'auteure a encore bien des choses à nous apprendre sur cet environnement car, elle a laissé des détails flous, des questions en suspens, et sincèrement, je pense que tout cela était volontaire de sa part. Maintenant, pour ceux et celles que cela pourraient effrayer de se lancer dans une énième trilogie/saga, vous pouvez très bien vous arrêtez à la fin de ce premier tome. Ici, pas de cliffhanger insoutenable, l'histoire possède une vraie fin en soi , mais si vous êtes curieux comme moi, vous risquez fort de vouloir découvrir tout ce que Silène Edgar a prévu pour nos héros.

L'auteure :

Je connaissais déjà la plume de l'auteur à travers ma lecture de 14-14 publié chez le même éditeur. Si l'histoire avait été sympa, je m'attendais à beaucoup plus. J'ai donc voulu retenté un autre titre de l'auteur, mais cette fois dans un univers plus proche de ce que j'aime lire à forte dose.
Sa plume reste toujours aussi fluide, plaisante à lire et j'aime sa façon de nous narrer son histoire.
Ici, pas de virus qui transforme l'humanité en zombie, pas d'anges ou autres créatures venus décimer les survivants, seulement la nature qui s'insurge et se venge de ce que l'être humain lui a fait subir. Même si j'aime tout type d'univers post-apocalyptique, j'avoue avoir un petit faible pour les catastrophes naturelles, que ce soit dans les films ou en littérature. Je trouve qu'il est bien plus facile de visualiser ou d'imaginer un monde pareil, mais surtout qu'est-ce qu'on ferait si une telle chose se produisait réellement...  

[Cela permet de s'interroger et peut-être de prendre conscience de nos actes dans notre propre monde. En tout cas, c'est mon avis comme ce qui va suivre. Je reste persuadé que tôt ou tard, quelque chose se produira. Quand on voit le réchauffement climatique, le fait que les saisons qui caractérisaient bien les changements de températures et leurs effets sur la nature n'existent plus vraiment, ou en tout cas, ne sont plus autant définis que lorsque j'étais enfant, je me dis qu'un jour où l'autre, une catastrophe pourrait bien se produire. Pas dans 10 ans, pas dans 50 ans, mais qu'en sera t-il dans un siècle ou deux? Bon vous me direz qu'on ne sera plus là pour le voir, certes vous aurez raison, mais cela ne veut pas dire que je ne m'interroge pas parfois sur ce qui pourrait se produire.]

Silène Edgar nous livre cette histoire sans leçon de morale, juste en nous expliquant ce qu'elle a imaginé dans un futur proche ou lointain et c'est sans doute ce que j'ai le plus aimé. Je n'aime pas les livres moralisateurs et ce, peu importe le sujet mis en avant. Pour autant, j'aime quand un auteur nous donner matière à réfléchir à travers un univers créer de toutes pièces, je trouve cela enrichissant.
Son intrigue est bien menée, les personnages sont intéressants et apportent chacun un petit ou grand quelque chose de plus à l'histoire, sans compter qu'il y a du suspens, de l'action, des rebondissements, ce sentiment d'angoisse concernant le fait de ne pas être mis à nu, etc... Tout était réuni pour me faire passer un joli moment de lecture.

En résumé :

Un univers post-apocalyptique glacial, au sens propre comme au figuré, des personnages qui ont tous un rôle à jouer, une intrigue qui crée une certaine addiction, ni trop peu ni trop de détails/descriptions tout court, une vraie fin (même si pour ma part je souhaite connaître la suite), un tout petit prix, une jolie couverture et un tome qui m'a fait m'interroger. En gros, une lecture que je vous recommande si vous aimez ce type d'univers dit "catastrophe".

Note :

Extraits :

"Dans notre village, toutes les femmes quittent le fare après leurs noces pour aller dans la famille de leur mari, sauf ma grand-mère, qui est toujours restée à la maison. Maman était partie, elle aussi, quand elle s'est mariée avec Papa, mais nous sommes revenus vivre ici quand il s'est noyé, et je ne me rappelle pas bien ma première maison. Normalement, les femmes ne font pas ça, elles restent dans la famille de leur mari même s'il meurt. Nous faisons les choses différemment. C'est sans doute pour cela que tout le monde dit qu'on est un peu bizarres... peut-être à cause de Mamie, peut-être parce qu'on invite jamais personne, peut-être parce qu'on a un secret?"

"Je reste stupéfaite au pied du fauteuil de Mémine pendant qu'elle ferme à nouveau les yeux et s'endort cette fois tout à fait. Elle a dit ces mois "mon amour", avec tant de tendresse et un éclat dans les yeux. Elle parle toujours de lui sans donner de détails, quoiqu'il apparaisse dans tellement de ses récits. Toujours là, mais comme inconsistant. Je ne peux pas parler de lui en disant "mon pépé"; pour moi, c'est l'arrière grand-père, une présence associée à des temps disparus, avant la catastrophe, avant que le climat change radicalement. Avant la période des tempêtes et des cyclones, le bouleversement, le froid qui envahit tout. Mémine dit que ce qui s'est passé était inimaginable quand elle était jeune et que des réalisateurs de cinéma en avaient même fait des films "catastrophes", c'est à dire des histoires pour faire peur, auxquelles personne ne croyait. Et un jour, c'est arrivé."

"Honnêtement, je me rends bien compte que c'est un plan qui comporte bien trop de failles pour réussir, mais nous n'avons pas trouvé de meilleure idée. Si je ne vole pas les résultats, la maîtresse les affichera sur la porte du fare potee. Cela se fait chaque année. Et, si j'ai vraiment réussi mon examen, il faut aussi que je récupère la lettre annonçant ma nomination à Pondichéry, en croisant les doigts pour qu'on me la confie et, surtout, qu'elle ne soit pas scellée. Celle-ci agit comme un passe-droit : le lauréat se voit attribuer une cabine sur le bateau pour le mener à la capitale. Et alors que feront les villageois? Comme dit Mémine, ils ne pourront pas rattraper un bateau à moteur avec les pirogues!"






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