jeudi 15 août 2019

Gros sur le coeur



Autrice : Carène Ponte – Editeur : Michel Lafon poche – Parution : 15 novembre 2018 – Prix papier : 6€60 – Prix numérique : 6€99 – Pages : 254 – Lu en : papier – Lecture : personnelle – Lecture commune : avec Sylvie



  
Résumé :


C’est l’histoire d’une adolescente sans doute un peu trop ronde, sans doute un peu trop fragile.

C’est l’histoire d’un nouveau lycée, des yeux qui dévisagent, des yeux qui jugent.

C’est l’histoire d’un professeur d’allemand qui séduit.

Mélissa, 17 ans, suit ses parents dans une nouvelle ville, un nouveau lycée.

Année de terminale sur la corde raide. Année charnière entre dégoût de soi et renaissance.

Mon avis :


Quand j’ai croisé ce titre en poche, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais de le découvrir, mais aussi de découvrir la plume de l’autrice. Sylvie l’ayant dans sa PAL, nous avons décidé de le lire ensemble.

Dans ce roman, on rencontre Mélissa surnommée Mél, une adolescente de 17 ans avec des rondeurs. Son père étant militaire, ils déménagent environ tous les 5 ans. Mais cette fois, Mél n’en a vraiment pas envie. Son lycée lui plaît, et elle ne veut pas perdre Camille, sa meilleure-amie. Alors oui, aujourd’hui il y a de nombreux moyens de communications qui permettent de ne pas perdre contact malgré la distance, mais ça ne sera jamais plus pareil. Malheureusement, elle n’aura pas le choix et c’est le cœur lourd qu’elle partira. Au revoir leurs balades, leurs petits rituels entre amies, leurs discussions interminables et surtout, bonjour la nouveauté : nouveau lycée, nouveaux élèves, nouvelle ville, etc…

Mél est une adolescente qui m’a profondément touché. C’est une jeune fille dont la confiance en elle est proche du néant, elle ne se sent pas jolie, mais grosse, trouve qu’aucun vêtement ne lui va et fait comme beaucoup d’autres personnes, elle camoufle le tout sous des vêtements amples et sombres. Son intégration au lycée va très mal se passer et certains élèves seront d’une cruauté sans limite. A partir de ce jour, elle fera tout pour se faire le plus discrète possible et ne rêve que d’une chose, devenir invisible aux yeux des autres.  Elle qui était déjà assez réservée va se replier encore plus sur elle-même, ne plus oser ouvrir la bouche ou s’adresser à quiconque. Qui pourrait l’en blâmer ?

Malheureusement, son comportement va changer envers ses proches également, qui au final, ne cherche qu’à l’aider. Elle va tomber dans une spirale infernale qui provoquera un dégoût d’elle-même et se met à penser, mais surtout à croire, que forcément, vu son physique, il est normal que les autres agissent comme ça avec elle. Et comme si tout cela ne suffisait déjà pas amplement, n’était pas assez traumatisant et pas assez dur à surmonter, son professeur d’allemand fera tout pour la séduire.

A plusieurs reprises j’ai eu vraiment mal pour elle, je me disais que ce n’était pas humainement possible d’être aussi cruel envers quelqu’un, que ce n’étais pas possible d’être aussi stupide… Et puis, je me suis souvenue que si. La méchanceté gratuite, le harcèlement, la connerie humaine, exploiter les faiblesses de quelqu’un pour l’écraser, le réduire à néant, etc…  Malheureusement cela à toujours exister et existera toujours. Tant que les personnes de pouvoir ne se rassembleront pas pour évoquer ce sujet sans aucun tabou, tant qu’ils ne prendront pas conscience ou n’accepteront pas de voir l’ampleur du problème, ne prendront pas des mesures drastiques pour contrer ce véritable fléau qui fait toujours de plus en plus de victimes. Désolée, je m’écarte un peu, mais si vous ne l’avez pas compris, c’est un sujet qui me tient à cœur et me fait péter un câble.

C’est un sujet délicat, sensible et qui n’est pas sans rappeler des choses à chacun je pense. Qui n’a jamais subi, vu, entendu ou fais subir ce genre de chose ? Avec ce roman, j’ai replongé dans ma propre enfance et adolescence. Je revoyais certaines choses se produire, impuissante, qu’elle me concerne directement ou qu’elle concerne d’autres élèves.  Quand on a cet âge-là, on se dit que ça leur passera, que de les « balancer » ne fera qu’aggraver les choses et rendre nos journées encore plus infernales, si on prend la défense de quelqu’un, on deviendra également une cible, etc… et pourtant ! On est bien bête de croire que de passer inaperçu(e), ne pas faire de vagues ou se taire, réglera le problème. Le seul moyen d’agir véritablement est de PARLER. Et si vous étiez du côté des harceleurs, il n’est jamais trop tard pour apprendre de ses erreurs et voir à quel point, votre humour, vos surnoms, vos gestes et votre parole de manière générale, peut être dévastateur.

Heureusement, Mél continuera à échanger des SMS avec Camille et à la voir physiquement quelques fois dans l’année. Même si ce n’est pas idéal, elle aura ce soutien, le seul qu’elle accepte plus ou moins. Son père étant absent, elle vit seule avec sa mère et lui en fait baver. Cette dernière veut juste l’aider sans la brusquer et va devoir affronter la colère et la méchanceté de Mélissa. Je n’ai pas compris le comportement de Mél envers elle et elle m’a énervé. J’ai été peiné pour cette mère qui se sent impuissante. Je comprends que mal dans sa peau certaines choses sont difficiles à accepter, mais ce n’est pas pour autant qu’on doit évacuer sa colère sur des personnes innocentes. Elle reproche beaucoup de choses à sa mère, mais elle n’essaye pas non plus de les envisager sous un angle différent.

Ce qui est sûr, c’est que Mél est un personnage criant de vérité, crédible, même si je n’accepte ou ne comprend pas toujours son comportement et ses actions. Elle m’a fait passer par tout un panel d’émotions : profonde tristesse, colère, abattement, détresse, peur, dégoût envers son professeur, incompréhension, indignation, etc… J’ai eu envie de la réconforter, de la rassurer, la consoler, de l’aider à trouver une échappatoire autre que l’isolement, de la faire rire, de lui ouvrir les yeux calmement mais surement, etc…

Son histoire ne m’a pas laissé indifférente et m’a remué les tripes. J’ai eu envie de hurler, de frapper, de pleurer mais surtout de me battre à ses côtés pour ne plus jamais que cela se reproduise envers quiconque.

J’ai également apprécié d’autres personnages comme la maman, Camille, Mathilde, Greg et Clément. Chacun nous permet à sa manière de garder un certain équilibre, de ne pas se laisser submerger par les émotions, et nous donnent une bouffée d’air frais.

La plume de Carène Ponte est fluide, prenante, efficace, incisive, et sans chichi. Elle nous livre ici un récit qui fait froid dans le dos, et pourtant, où une lueur d’espoir persiste. L’autrice ne minimise pas les choses. Elle se contente de poser des mots sur tout ce qui peut se passer, essayer de faire prendre conscience au lecteur que le harcèlement sous toutes ces formes, peut être dévastateur au plus haut point. J’ai aimé la façon dont elle aborde cette thématique, là où elle a décidé de nous emmener, ce qu’elle essaye de faire passer à travers son histoire, les personnages à qui elle a donné vie, le déroulement mais aussi le dénouement de tout ceci.

Ce fut une excellente lecture et j’espère qu’un maximum de lecteurs/lectrices la découvrira. Qu’un maximum de personnes, au travers des livres écrits sur le sujet, seront assez indignés pour dire STOP !



Dans la Postface du livre, Carène Ponte nous délivre certaines informations. Je fais le choix d’en reprendre certaines ici, car cela peut aider quiconque en aurait besoin à trouver des informations utiles qui pourront l’aider.


-          Chaque année, c’est près de 700 000 élèves qui sont victimes de harcèlement, pour tout un tas de raisons : couleur de peau, orientation sexuelle, habillement ou coiffure, par rapport à sa famille, sa religion, sa catégorie sociale, parce qu’il/elle n’a pas les derniers objets à la mode, un éventuel handicap tel qu’il soit, le fait d’avoir un accent, etc… Les raisons sont trop nombreuses et sans doute pas toutes connues pour que je puisse dresser une liste complète.


-          Depuis le 08/07/2013, la lutte contre toutes les formes de harcèlement scolaire est inscrite dans la loi de refondation de l’école et doit devenir une PRIORITE pour chaque établissement.


-          Si vous souhaitez des renseignements sur les démarches à suivre en cas de harcèlement, vous pouvez contacter le 3020 qui est joignable du lundi au vendredi de 9h à 18h.


-          En cas de cyber-harcèlement, vous pouvez contactez le 0800 200 000.


-          Vous pouvez également vous rendre sur le site suivant : https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ . Ce site contient des vidéos, des affiches, des informations sur les démarches à suivre que vous soyez collégiens, lycéens, professionnels, etc… De ce que j’en ai constaté, l’interface est simple d’utilisation et permet d’accéder à de nombreuses informations utiles.


Extrait :

« J’ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais rien ne sort. Je peine à retenir mes pleurs. Je sais que si je tentais de prononcer ne serait-ce qu’un mot, je ne pourrais plus me contrôler. Ma mèche toujours dans la main, je me retourne vers mon bureau.
Je les entends ricaner derrière moi et dire quelque chose que je ne comprends pas.
Je passe de nouveau la main dans mes cheveux et sens cette fois-ci nettement le trou qu’elle a fait. C’est sûr, je vais être obligée de tout couper. Mes cheveux, ce sur quoi je me concentrais chaque matin dans la glace. La seule chose qui trouvait grâce à mes yeux. Maigre confiance, réduite maintenant à l’état d’une mèche. »



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