jeudi 15 février 2018

Léo, tome 1 : Mon secret est une chance de Gwenaële Barussaud


Éditeur : Rageot
Parution : 17 janvier 2018
Pages : 243
Prix : 13€90 (papier)

Synopsis :

En 1869, Léo Desilles, une jeune ouvrière, apprend qu'elle est la fille de riches Parisiens. Afin de les approcher, elle devient bonne à Saint-Germain. Dans le même temps, elle rencontre Emilien, un journaliste républicain qui la trouble et lui fait découvrir une nouvelle liberté.

Mon avis :

En temps normal, je ne suis pas très fan de tout ce qui est historique, mais je ne sais pas, ce titre me tentait bien. Ces derniers temps je lis des livres jeunesse qui parlent de sujet sur lesquels je ne m'attardais pas spécialement avant et il faut dire que chez Rageot, beaucoup de thématiques différentes sont abordées. C'est l'un des aspects que j'aime le plus chez eux. Il permet aux enfants/adolescents (ou adultes comme moi) de mettre à disposition des sujets souvent difficiles à aborder.

Dans ce livre nous suivons Léo, une jeune ouvrière de 18 ans. Elle vit à Noisiel avec ses parents, ses deux frères et sa sœur. Leur famille n'est pas riche et elle travaille à la chocolaterie au niveau des emballages. Lors d'un événement de l'entreprise, elle sera amenée à rejoindre la délégation de 10 personnes qui accompagnera le patron devant l'Empereur à Paris. Tout le monde rêve de découvrir Paris et l'ambiance qui y règne, mais ce n'est pas spécialement le cas de notre héroïne.
À l'annonce du départ imminent de leur fille pour la capitale, les parents de Léo vont lui faire une révélation capitale sur ses origines : elle n'est pas leur fille biologique, mais celle d'un couple de parisiens riche. Armé de son seul indice, de son courage et de sa détermination, elle tentera de suivre la trace de ses parents afin de les retrouver et comprendre pourquoi ils l'ont abandonnés.

Léonore dite Léo est une jeune femme de 18 ans. Elle a les pieds sur terre et ne rêve pas d'un avenir hors de sa portée. Elle se concentre sur l'essentiel et cela lui convient très bien. Elle ne se plaint jamais et a conscience de la chance qu'elle a par rapport à d'autres habitants, de travailler à la chocolaterie. Ils ont quelques avantages que tout le monde n'a pas.
Notre héroïne est parfois maladroite, aime la nuit et est rêveuse. Lorsque ses parents lui révèlent ses origines, elle a bien du mal à y croire. Pour elle, ses parents sont ceux qui l'ont élever. Elle finira tout de même par avoir envie de connaître la raison de son abandon et de voir ses géniteurs au moins une fois pour répondre aux nombreuses questions qu'elle se pose. C'est une héroïne plutôt intelligente, qui a de bonnes idées, qui mène son enquête d'une façon bien à elle mais astucieuse, elle est douce, gentille, respectueuse, aventureuse, et quelques fois naïve aussi. Il lui arrive également de mentir à certaines personnes. Elle ne le fait pas méchamment, mais je n'ai pas toujours réussi à comprendre ses choix. Elle a tendance à faire trop facilement confiance et ce sont les petits points de sa personnalité qui m'ont parfois posé problème.  Elle reste tout de même un personnage que j'ai aimé suivre au long de sa quête et qui, dans l'ensemble, est plutôt attachante.

Emilien est un jeune homme parisien qui vend des journaux. Pas le genre de journaux aimer par les gens de la haute société, bien au contraire. Il rencontrera Léonore lors de son voyage à Paris et deviendront assez vite amis. Il n'aime pas le fait que le pouvoir soit entre les mains de cette famille d'Empereur et compte bien faire ce qu'il peut pour inverser la tendance. Le journal pour lequel il travaille dénonce des horreurs, mais s'agit-il là de la vérité ou de mensonges éhontés?
C'est un jeune homme rebelle animé par une certaine forme de vengeance, il est vindicatif, débrouillard, sait se fait entendre et convaincre un auditoire. En compagnie de Léo, il se montre parfois doux et serviable, parfois dur et obtus. 
Je dois reconnaître que c'est un personnage avec lequel j'ai eu du mal. Tout au long de ma lecture, j'avais un instinct de méfiance tenace envers lui. Il me paraissait étrange, comme si il nous cachait ses véritables intentions. En gros, je ne me suis pas attachée à lui et j'ai eu bien du mal à le suivre ou le comprendre. Quelque chose me dérange fortement chez lui, je n'arrive pas à mettre le doigt sur cette obscure raison et ça me perturbe.

Hortense est une jeune femme de la haute société. Quand on la rencontre, on pourrait s'attendre à ce qu'elle soit hautaine, sûre d'elle, bien dans ses baskets (ou plutôt dans ses escarpins 😉), délicate, adroite, élégante, etc...mais pas du tout. Quand elle n'a pas ses parents sur son dos pour observer ses moindres faits et gestes, pour la reprendre en permanence sur tout et n'importe quoi, pour lui dire comment agir et quoi dire, elle se révèle être une jeune femme très touchante. Ce qu'on attend d'elle vis-à-vis de son rang la dérange. Elle voulait être libre de se comporter comme elle le souhaiterait, de parler aux gens peu importe leur condition sociale et qu'on lui accorde quelques petits plaisirs simples qui ne feront de mal à personne. Malheureusement, sa vie se résume à soit belle et tais-toi. Je dois dire qu'à l'époque où l'histoire se passe, c'est en accord. Et je me rends compte de la chance que j'ai de vivre dans une époque "libre" où les femmes ont le choix de s'exprimer, de porter les vêtements qu'elles souhaitent, de faire leurs propres choix et de prendre leurs vies en main. Aujourd'hui, cela semble normal à tout le monde, mais cela n'a pas toujours été le cas et, pour quelqu'un comme moi qui ne sait pas se taire, je peux vous dire que j'aurais mal vécu cette période 😅.
Au fur et à mesure du roman, on découvre une jeune femme rêveuse, au cœur immense et qui n'aspire qu'aux plaisirs simples de la vie. Sa détresse face à certaines situations m'a réellement fait mal au cœur et j'aurais aimé pouvoir lui venir en aide. J'ai eu un petit coup de cœur pour ce personnage secondaire.

La plume de Gwenaële Barussaud est plaisante et travaillée. Si le vocabulaire est relativement simple à comprendre, j'ai aimé la façon dont elle raconte cette histoire et le choix des mots utilisés.
J'ai su apprécier le côté historique. J'ai aimé découvrir comment était la société française à cette époque, comment les gens vivaient au quotidien, leurs espoirs et leurs désillusions, les difficultés auxquels ils devaient sans cesse faire face et la joie des petits bonheurs d'une vie sans chichi et sans argent. Cela nous permet de relativiser au sein de la société de consommation dans laquelle nous vivons actuellement, mais aussi de nous faire prendre conscience que les plus belles choses sont souvent les moins onéreuses et celles qui ne demandent pas beaucoup de notre temps. Visiter le Paris des années 1869-1870 m'a beaucoup plu. Je ne connais pas le pourcentage de véracité des choses qu'on découvre ici et pour être honnête, ça ne me dérange pas.
Malheureusement tout ne sera pas positif dans mon avis. En effet, outre le fait qu'Emilien m'a souvent dérangé et agacé par son comportement trop changeant, que j'ai trouvé Léo parfois trop naïve dans le sens où elle se met des idées en tête sans savoir si c'est vrai et n'en démords pas, au lieu de prendre le temps de réfléchir et d'analyser les situations, je regrette aussi le côté un peu trop prévisible de certains événements et la fin un peu trop rapide à mon goût. L'auteure prend le temps de nous raconter le quotidien, mois après mois de Léo, ses recherches, son avancée dans sa quête, ses rencontres, etc... et d'un coup, on arrive à la fin du roman et tout s'enchaîne trop vite pour que je puisse la savourer. J'aurais aimé que Gwenaële Barussaud continue sur sa lancée et nous offre une fin plus détaillée et plus lente. Surtout que la chose que j'ignorais en commençant ma lecture est qu'il s'agissait d'un premier tome et non pas d'un tome unique. Je ne l'ai appris qu'à la fin de l'épilogue.

En résumé, une histoire qui vous fera découvrir le Paris des années 1860/1870 ce que j'ai trouvé fort intéressant, une héroïne simple, curieuse, aventureuse en quête de ses origines, un personnage secondaire masculin qui m'aura donner du fil à retordre, une jeune femme de haut rang qui n'a pas l'air à sa place et qui m'a profondément touchée. Une plume agréable et fluide. Mais une fin trop précipitée et certains événements trop prévisibles qui m'ont parfois gâché un peu ma lecture.


Extraits :

"Je ne sais pas si Louise a raison. Je ne pense pas être trop raisonnable, simplement, je ne cherche pas à atteindre des sommets qui me dépassent. J'aime ma maison, ma famille, mon travail, mes amis. J'aime ma vie à Noisiel. Je sais que toujours, elle se déroulera ici, sur les bords de la Marne. Qu'il y aura des mations brumeux où je rejoindrai l'usine en soufflant. des soirs d'été où je prolongerai ma promenade sous les étoiles. Des dimanches de printemps au bord de l'eau."

"Suzanne râle un peu puis se tait et finit par s'endormir. Mais moi je n'y arrive pas. 
Les heures passent, le clocher de l'église sonne. Et rien ne vient. Pas de rêves où m'évader, pas même un sommeil lourd, un sommeil de brute dans lequel je me perdrais pour tout oublier. Non, j'ai la conscience bien éveillée au contraire, je sens parfaitement cette crevasse dans mon cœur, qui fissure mes certitudes, ébranle mes convictions."

"Les larmes me montent aux yeux. Ce n'est pas de la tristesse que j'éprouve. C'est de la colère. Je pense aux frais engagés par ma mère pour faire cette robe, au prix de la dentelle, aux soins déployés. Parce que je suis une ouvrière, je dois paraître une ouvrière, penser comme une ouvrière, agir comme une ouvrière. Cela signifie : pas de fantaisie, pas de fierté, pas d'ambition, pas de rêve. Obéir. Etre conforme à l'image qu'on attend de moi. Cette pensée me soulève d'indignation. un vent de révolte souffle dans mon cœur."








2 commentaires:

  1. Un peu dommage pour la fin et la prévisibilité, mais c'est quand même une histoire qui a l'air sympa...

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    1. Coucou, oui. Après c'est pour la jeunesse donc peut-être que les jeunes lecteurs n'auront pas le même ressenti que moi. Mais en effet, ça reste sympa comme lecture.

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